Par : Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ)

Comme l’ensemble des acteurs du réseau scolaire, nous, les professionnelles et professionnels de l’éducation, sommes très inquiets des impacts de la pandémie sur les élèves vulnérables. On parle beaucoup des enseignants qui, par leur travail exemplaire, n’en peuvent plus, sont épuisés et ne sont pas reconnus. Leur travail est en effet exceptionnel, mais c’est comme si on oubliait qu’il y a toute une équipe de travail derrière eux, entre autres l’ensemble du personnel professionnel, pour les soutenir.

Beaucoup d’élèves, qui ne manifestaient aucune difficulté avant la pandémie, sont à risque de devenir vulnérables. Peu à peu, ils accusent des retards qui affectent non seulement leurs résultats scolaires, mais surtout leur motivation et leur persévérance. C’est là que nous devons intervenir. Le personnel professionnel a rapidement adapté les services offerts afin de poursuivre l’accompagnement auprès des jeunes en difficulté.

Par exemple, les conseillères et conseillers d’orientation aident les élèves à trouver un projet scolaire ou professionnel réaliste qui correspond à leurs aspirations, à partir d’une réelle réflexion identitaire, donne du sens aux apprentissages et leur redonne confiance. Or, ils remarquent avec désarroi que les élèves qui souffrent de l’isolement sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui, même parmi les plus performants. Ça se traduit par un désinvestissement scolaire, de l’anxiété et l’augmentation du risque de développer des dépendances.

Pensons aussi au support des psychologues qui, lorsque qu’ils réussissent à intervenir, offrent de l’écoute, du soutien et de l’expertise en lien étroit avec l’équipe-école. Aujourd’hui, quand les élèves en viennent à obtenir de l’aide, les enjeux de santé mentale sont déjà importants et leurs manifestations, persistantes. Le ministre de l’Éducation semble ignorer les besoins de base de ces élèves : une application mobile ne pourra jamais remplacer une rencontre en personne. Dans le contexte actuel, un des enjeux majeurs pour le personnel professionnel est carrément le manque d’accès aux élèves. Et comme les conditions offertes sont loin d’être attrayantes, plusieurs ont quitté le réseau public et le recrutement est devenu particulièrement ardu.

Il y a aussi un autre élément qui rebute les professionnelles et professionnels : l’organisation du travail dans le réseau scolaire. La plupart d’entre eux sont des experts, ils détiennent une maitrise ou un doctorat, mais on leur accorde de moins en moins d’autonomie professionnelle. Malgré des promesses d’allègement, plusieurs sont toujours embourbés dans des tâches administratives qui ne servent qu’à valider le financement des services aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). La situation est alarmante, car tout ceci gruge considérablement le temps dévolu aux élèves et qui, pourtant, devrait être priorisé. De plus, la décentralisation augmente le travail en vase clos, alors que ce dont le personnel professionnel a besoin est de travailler en équipe multidisciplinaire et d’avoir des espaces réservés à la concertation.

Le tableau n’est pas que sombre. La majorité des élèves font preuve d’une résilience inattendue. Ils arrivent à mettre de l’avant des stratégies d’adaptation et parviennent malgré tout à s’ajuster et à garder le cap. Pour y arriver, quand l’aide professionnelle en milieu scolaire est disponible, elle est souvent d’un grand secours. Il faut que les professionnelles et professionnels soient présents pour recadrer les interventions, pour fournir une information scolaire personnalisée, pour outiller davantage les parents. Depuis des années, tout le monde le dit –  les parents, le personnel enseignant, les directions, les chercheurs, même certains élus : il faut augmenter les ressources professionnelles pour répondre aux besoins des élèves, peu importe leur région, leur statut socioéconomique ou la nature de leurs difficultés.

À la FPPE-CSQ, nous sommes convaincus que l’ensemble des services de relation d’aide doit être protégé plus que jamais. Surtout en contexte de pandémie, des ressources professionnelles doivent être ajoutées, mais ce n’est pas tout. Il faut permettre à ces spécialistes de mettre à profit l’ensemble de leurs expertises plutôt que de les cantonner dans des tâches administratives ou logistiques. De sabrer dans les services publics et investir dans le privé, comme le fait le gouvernement actuel, c’est de se fermer les yeux devant les besoins grandissants de nos jeunes et de leur enlever leur droit de réussir en toute égalité. La crise en éducation se poursuivra après la pandémie : avec l’augmentation considérable des besoins des élèves pour les mois, voire les années à venir, il est urgent que nous nous empressons de mettre tout en œuvre pour les aider.