Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

L’année 2020 est maintenant derrière nous. Une année que nous ne sommes pas près d’oublier parce qu’une pandémie que personne n’avait vue venir l’a imprimée à jamais dans nos mémoires.

Nous laissons le soin aux historiens de tirer toutes les leçons de cette dernière crise sanitaire. Déjà, parmi celles-ci, nous pouvons mentionner une grande leçon que nous devrons tous retenir : le rôle essentiel joué par des travailleuses et travailleurs trop souvent dans l’ombre, mais qui ont été amenés en pleine lumière par ces moments tragiques. Je pense au personnel des magasins d’alimentation, des pharmacies, des entrepôts, du transport; des personnes si précieuses dont les bas salaires pour plusieurs ne reflètent malheureusement pas l’importance.

À ceux-ci s’ajoutent les travailleuses et les travailleurs du secteur public qui ont monté la garde au péril de leur santé et de leur propre vie durant tous ces longs mois pour assurer les services à la population et maintenir la cohésion de notre société.

Des inquiétudes légitimes

L’histoire récente vient de nous le démontrer : nous ne pouvons pas nous passer de ces travailleuses et de ces travailleurs essentiels. C’est pourquoi il faut à tout prix mieux les protéger.

En ce sens, la révision en cours de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, adoptée il y a 40 ans, est une étape importante. Nous saluons donc la volonté du ministre Boulet d’effectuer enfin cet exercice. Le texte de loi imposant qui a été déposé soulève toutefois des inquiétudes légitimes quant à la protection des travailleuses.

Il faut savoir que les catégories d’emplois sont classées par niveau de risque lié aux activités exercées dans un établissement. Pour ce qui concerne les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur, ces niveaux de risque sont considérés comme faibles dans la réforme proposée. Est-ce vraiment le cas? Nous pouvons en douter sérieusement.

Une surcharge de travail qui pèse lourd

Une souffrance psychologique est-elle moins douloureuse qu’une blessure physique visible au premier regard? En 2021, nous connaissons toutes et tous la réponse à cette question. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement multiplie les campagnes de publicité et d’information sur l’importance de protéger notre santé mentale, notamment en ces temps difficiles. Il me semble donc que la nouvelle loi devrait mieux reconnaître les lésions professionnelles liées aux risques psychosociaux et à la santé psychologique dans les professions à prédominance féminine.

Depuis des années, et encore plus depuis l’éclosion de la pandémie, les travailleuses du secteur public supportent le poids d’une surcharge de travail inhumaine qui mène plusieurs d’entre elles à l’épuisement professionnel et à l’arrêt pour maladie. La hausse faramineuse des taux d’assurance salaire est là pour en témoigner.

Une triste réalité qu’il faut pleinement reconnaître

Est-ce normal qu’un si grand nombre de ces milliers de travailleuses, qui exercent leurs professions dans nos hôpitaux, nos écoles, nos collèges, tombent elles-mêmes malades, victimes de conditions de travail dégradantes? À défaut de corriger rapidement ce milieu de travail qui les rend malades, pourrions-nous au moins reconnaître dans toute sa gravité le risque qu’elles assument dans leurs emplois si précieux pour nous tous?

J’ai confiance que le ministre Boulet sera sensible à la réalité de ces milliers de travailleuses des services publics. L’État, à titre d’employeur, n’a-t-il pas la responsabilité de reconnaître les risques auxquels sont confrontés ses propres employées et employés?

Comme leader syndicale, j’ai hâte d’en débattre en commission parlementaire, cette semaine, parce que, pour nous, il est primordial de protéger pleinement la santé et la sécurité de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs du Québec.