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Claude Girard, Conseiller CSQ aux communications

Égalité des chances à l’enseignement supérieur - Bien plus qu’une simple question de droits de scolarité

11 mars 2016

Frances Dionne, deuxième vice-présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ).

Frances Dionne, deuxième vice-présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ).

Il y a quatre ans, le Québec a été secoué par le printemps érable. La forte mobilisation étudiante visait alors à contrer une hausse importante des droits de scolarité afin de préserver l'accessibilité aux études supérieures. Cette question de l'accessibilité est toutefois beaucoup plus large et complexe, comme l'ont mis en lumière quatre conférenciers invités aux Rendez-vous CSQ de l'éducation.

« Il a été démontré que la proximité d'un établissement postsecondaire favorise la poursuite des études supérieures. La présence des cégeps et de plusieurs campus sur l'ensemble du territoire québécois, par exemple à Amqui ou aux Îles-de-la-Madeleine, agit comme un véritable tremplin pour la diplomation », explique Frances Dionne, deuxième vice-présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ).

Des mesures concrètes doivent donc être mises de l'avant pour assurer l'accessibilité géographique à l'enseignement supérieur sur l'ensemble du territoire. Cela est d'autant plus urgent que les mesures d'austérité des dernières années ont amplifié les difficultés vécues par les cégeps de région, déjà affectés par la baisse démographique.

« En plus d'un réinvestissement important dans l'ensemble du réseau collégial, d'autres mesures peuvent être mises en place pour assurer la pérennité des cégeps, dont un meilleur encadrement du développement de la formation à distance, la mise sur pied de mesures incitatives à la mobilité étudiante vers les régions et la valorisation des programmes techniques qui éprouvent de plus grandes difficultés de recrutement », poursuit-elle.

Sacrifiés au nom de l'austérité

André Poulin, président du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Sherbrooke (SCCCUS-CSQ)

De leur côté, André Poulin, président du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Sherbrooke (SCCCUS-CSQ), et Matthieu St-Pierre-Poulin, conseiller en services adaptés et délégué au Syndicat des professionnelles et professionnels du collège Ahuntsic (SPPCA-CSQ), se questionnent sur l'égalité des chances dont bénéficient les étudiantes et étudiants en situation de handicap (ESH).

« Depuis 2009, leur nombre est en augmentation importante dans nos cégeps. La réussite des jeunes à besoins particuliers dépend beaucoup de notre capacité à les aider et à les accompagner dans leurs études collégiales. L'accroissement rapide du nombre d'ESH amène une pression sur l'ensemble du réseau. Même si un soutien de base est offert à tous par l'entremise du plan d'intervention, plusieurs enjeux sont toujours présents, tels les questions d'équité entre les étudiants, le temps que peuvent leur consacrer les enseignants et la répartition des ressources disponibles », soulève Matthieu St-Pierre-Poulin.

Matthieu St-Pierre-Poulin, conseiller en services adaptés et délégué au Syndicat des professionnelles et professionnels du collège Ahuntsic (SPPCA-CSQ)

À l'université, les compressions budgétaires rendent aussi plus lourde la tâche du personnel enseignant et chargé de cours, avec des classes comptant beaucoup plus d'étudiantes et étudiants, dont plusieurs nécessitent un soutien particulier.

« Or les enseignants, comme les chargés de cours, n'ont pas suivi de formation particulière pour intervenir auprès d'une clientèle à besoins particuliers. Si leur arrivée en enseignement supérieur confirme un certain succès du soutien apporté aux élèves HDAA1 dans le réseau scolaire, il faut leur permettre de réussir. Ce n'est pas tout de leur ouvrir les portes ! Malheureusement, dans le contexte actuel, ces étudiantes et étudiants risquent de vivre un terrible retour à la réalité, après qu'on leur aura fait miroiter l'espoir de pouvoir atteindre un niveau universitaire », analyse André Poulin.

Quand la science est synonyme de précarité et d'insécurité

Par ailleurs, pour rendre l'enseignement supérieur plus accessible, il faut notamment s'assurer que certains emplois à caractère scientifique sont plus attrayants. Ce qui est loin d'être le cas au Québec pour celles et ceux qui se dirigent vers le domaine de la recherche.

Luc Caron, président du Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche de l'Université Laval (SPPRUL-CSQ)

« La recherche universitaire subventionnée au Québec maintient les jeunes scientifiques dans une précarité qui est sans égale dans notre société. Les professionnelles et professionnels de recherche, majoritairement titulaires d'une maîtrise (70 %) ou d'un doctorat (20 %), bénéficient d'un salaire moyen de 45 000 $ par année, tous diplômes confondus. Sans compter qu'ils doivent supporter un état d'insécurité permanent, puisqu'ils dépendent des subventions des chercheurs obtenues des organismes subventionnaires », explique Luc Caron, président du Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche de l'Université Laval (SPPRUL-CSQ).

Faut-il se surprendre, dans un tel contexte, que plus de 80 % des professionnelles et professionnels de recherche se considèrent en situation précaire et jugent faibles leurs perspectives de promotion en emploi ? Encore plus troublant quand on sait que 60 % de ces emplois sont occupés par des femmes. Autre fait inquiétant : 40 % des professionnelles et professionnels de recherche ont entre 25 et 35 ans et, après huit ans, 75 % d'entre eux auront quitté la recherche universitaire. Des chiffres qui invitent à se questionner sur la place que le Québec réserve à la jeunesse scientifique.


1 Élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.