Faire la lumière sur le discours haineux
Le discours haineux occupe aujourd’hui une place préoccupante dans la société. Sa multiplication, notamment en ligne, alimente la polarisation, fragilise le vivre-ensemble et influence les dynamiques de radicalisation observées tant au Québec qu’à l’échelle internationale.
Dans nos milieux de travail et nos espaces publics, la circulation accrue de propos dégradants ou discriminatoires contribue à créer des environnements marqués par la peur, l’exclusion et la violence. Face à cette réalité, qui affecte à la fois les individus et les collectivités, il est impératif de ne pas garder le silence.
Reconnaître le discours haineux
Le discours haineux désigne toute forme de communication ou de comportement recourant à un langage péjoratif ou discriminatoire, envers une personne ou un groupe, en raison de caractéristiques liées à l’identité (origine, religion, genre, orientation sexuelle, handicap, condition sociale, etc.).
Cette définition de l’Organisation des Nations unies, volontairement large, reconnaît que la haine peut s’exprimer de façon explicite ou plus subtile, en visant à humilier, à déshumaniser ou à inciter à la violence et à la discrimination. Au Canada, le Code criminel interdit les propos dirigés contre un « groupe identifiable » lorsqu’ils encouragent la violence ou l’hostilité.
Les discours haineux ne sont pas toujours explicites : ils peuvent être codés ou insinués, et se présenter sous le couvert de l’humour, de l’opinion ou de la liberté d’expression. Ils circulent aussi par des images, des symboles ou des mèmes.
Ils reposent néanmoins sur des mécanismes communs :
- La déshumanisation;
- L’exagération des différences;
- La diffusion de stéréotypes;
- Le recours à la peur ou au mépris.
L’un des objectifs de ces discours consiste à isoler un groupe, à le rendre moins légitime ou moins humain aux yeux de la population.
| Forme de discours haineux | Exemple |
|---|---|
| Incitation directe à la violence |
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| Propagande haineuse |
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| Cyberharcèlement ou intimidation |
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| Discours codé (dog whistling) |
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| Incident haineux, non criminel, mais discriminatoire |
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D’autres indices permettent de reconnaître le discours haineux, par exemple :
- La répétition de stéréotypes visant certains groupes (les femmes, les personnes immigrantes, les personnes issues de minorités culturelles, les personnes des communautés 2ELGBTQIA+, les membres des Premières Nations ou les Inuit, les personnes en situation de handicap, etc.);
- Le recours à des théories du complot;
- L’appel à « chasser », à « punir » ou à « neutraliser » un groupe;
- La divulgation intentionnelle et malveillante des données personnelles sans consentement (doxing).
Comprendre les répercussions
Le discours haineux nous concerne toutes et tous, car il constitue le terreau sur lequel s’enracinent les violences individuelles, les crimes d’incitation à la haine et certaines formes de radicalisation.
Les conséquences individuelles
Le discours haineux peut amener les personnes qui en sont victimes à :
- s’isoler socialement;
- éprouver de la détresse psychologique;
- s’autocensurer;
- se retirer de l’espace public;
- être exposées à un risque plus élevé de violence physique.
Ces effets touchent particulièrement les femmes, les personnes racisées, les jeunes, ainsi que toute personne déjà marginalisée ou vulnérable.
Les conséquences collectives
L’histoire montre que la haine, combinée à la désinformation, conduit à la stigmatisation, à la discrimination et, parfois, à des violences de grande ampleur. Elle nous rappelle que les génocides et les atrocités de masse commencent souvent par des mots avant de se traduire en actes.
La montée des discours extrémistes :
- accentue la polarisation sociale;
- creuse des divisions déjà profondes;
- favorise l’émergence de groupes organisés, parfois armés, prônant l’exclusion ou la supériorité identitaire;
- mine la démocratie, en réduisant la participation citoyenne, en intimidant les voix marginalisées et en installant un climat de méfiance.
Au Québec, la hausse des activités d’extrême droite et la multiplication des actes haineux verbaux, physiques ou numériques sont désormais bien documentées. Les minorités culturelles et religieuses, les femmes, les personnes des communautés 2ELGBTQIA+, les journalistes ainsi que les groupes progressistes comptent parmi les principales cibles. Ces dynamiques sont exacerbées par la circulation de discours politiques hostiles et par la banalisation des préjugés dans l’espace public.
Agir contre le discours haineux
Pour contrer efficacement le discours haineux, une approche globale est nécessaire, mobilisant les institutions, les communautés, les milieux de travail, mais aussi chacune et chacun de nous.
Comment agir si vous êtes témoin?
Si vous êtes témoin de discours haineux, il est important d’agir, même si la situation ne vous vise pas directement. Votre intervention peut contribuer à changer le cours des événements.
Voici quelques gestes à poser et d’autres à éviter :
| Les gestes à poser | Les gestes à éviter |
|---|---|
| Vérifier l’origine et la fiabilité des contenus avant de les partager afin de freiner la désinformation | Relayer ou commenter les contenus haineux (cela contribue à amplifier la violence) |
| Dénoncer calmement et respectueusement les propos haineux et soutenir publiquement les personnes visées | Minimiser la situation ou la détresse des victimes |
| Signaler les contenus haineux aux plateformes numériques concernées | |
| Répondre à la haine par des messages positifs, qui valorisent la tolérance, l’égalité et la vérité, afin de réduire les effets des propos nuisibles | |
| Partager des ressources éducatives et engager des conversations pour sensibiliser à l’impact social du discours haineux | |
| Participer au plaidoyer pour une meilleure régulation des plateformes numériques et de leurs algorithmes auprès des instances dirigeantes | |
| Contacter le service de police en présence de menace criminelle |
Dénoncer des comportements, criminels ou non, qui portent atteinte à la dignité humaine et au vivre-ensemble, contribue à mettre fin au cycle de la violence et à favoriser des espaces sécuritaires, inclusifs et respectueux.
Comment agir autour de vous?
Agir contre le discours haineux est possible. Voici une liste non exhaustive pouvant inspirer des actions concrètes autour de vous :
- Offrir des formations favorisant l’empathie, la compréhension et la prévention de la haine et de la violence en ligne.
- Créer des espaces de dialogue et concevoir des outils, par exemple au moyen d’une campagne de sensibilisation.
- Encourager le signalement des situations problématiques pour soutenir une culture sécuritaire et respectueuse.
- Collaborer avec les écoles à des campagnes de sensibilisation offrant des activités destinées aux élèves et aux familles, par exemple dans le cadre de la Semaine de la prévention de la violence et de l’intimidation dans les écoles.
- Souligner la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine (18 juin) dans vos milieux de travail.