Prendre la précarité par les cornes : Suppléance occasionnelle à l'ère du numérique

13 mars 2017

Sabrina Bonenfant

Sabrina Bonenfant

L'octroi des suppléances occasionnelles peut s'avérer un véritable casse-tête, tant pour l'école que pour les enseignants précaires. Une nouvelle approche a été tentée.

Traditionnellement, lorsqu'une enseignante ou un enseignant s'absente, la secrétaire d'école se tourne vers sa liste d'appel. « Cela peut être long et occasionner des problèmes. Il est arrivé, par exemple, qu'aucun suppléant ne soit trouvé, ce qui a obligé des enseignants titulaires à prendre en charge des groupes durant leurs périodes libres, ou que la liste d'appel ne soit pas utilisée, une situation qui a encouragé des enseignants précaires à réaliser des campagnes de charme auprès des directions pour travailler », explique Sabrina Bonenfant1.

Quand Facebook change la donne

Une enseignante précaire a lancé un groupe Facebook. « L'initiative a pris une envergure considérable, mais a aussi entrainé des problèmes, comme des contrats octroyés sans respect de la liste de priorité ou de doubles embauches. De plus, n'ayant pas accès à Facebook, les secrétaires demandaient très souvent aux enseignants de publier les offres », poursuit-elle.

Google Plus, la solution?

Le Comité des jeunes a donc interpelé l'employeur, et un groupe de travail a été formé. « Facebook a été remplacé par Google Plus. Les secrétaires peuvent y publier, elles-mêmes, les besoins de suppléance. Puis, le syndicat et l'employeur ont balisé le tout », explique Annie-Christine Tardif2.

Après une année, des critiques ont émergé. Le Comité des jeunes a réalisé un sondage. « On a constaté l'inégalité des chances : les enseignants précaires n'avaient pas tous accès à un téléphone intelligent ou à un ordinateur. Plusieurs ont également mentionné que Google Plus les incitait à répondre rapidement aux offres, alors que l'utilisation des appareils téléphoniques est interdite sur le temps de travail. Ils vivaient donc un conflit éthique », poursuit Sabrina Bonenfant.

Autre constat : la première personne à répondre n'obtenait pas nécessairement la suppléance et, souvent, elle ne le découvrait que plus tard. « Nous sommes en attente d'une rencontre pour améliorer le système. Nous croyons que les suppléants devraient inscrire leurs disponibilités sur Google Plus, ce qui permettrait aux secrétaires de voir, en un clic, la liste des personnes disponibles selon les dates », précise Annie-Christine Tardif.

Des questions demeurent

« Tous ces problèmes découlent-ils vraiment du système ou d'une pénurie de suppléants? Si le premier élément peut facilement être amélioré, le second nécessite de meilleures conditions de travail pour réduire les congés d'invalidité et les demandes d'allègement de tâches des enseignants, et retenir la relève », conclut-elle.


1 Sabrina Bonenfant est membre du Comité des jeunes du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ-CSQ).
2 Annie-Christine Tardif est vice-présidente du SERQ-CSQ.