Centrale des syndicats du Québec (CSQ) - Single

Véronique Brouillette
Conseillère CSQ à l'action professionnelle

L'éducation chez les Premières Nations

17 octobre 2014

Lise Bastien, directrice générale du Conseil en Éducation des Premières Nations

Lise Bastien, directrice générale du Conseil en Éducation des Premières Nations

Pourriez-vous nommer les onze communautés autochtones du Québec ? Saviez-vous qu'à l'exception des communautés cries et inuites, les écoles dans les communautés autochtones sont de compétence fédérale, mais de la responsabilité des Premières Nations ?

Malheureusement, la majorité des non-Autochtones connaissent très peu les réalités de ces communautés. Peu de gens savent que les Abénaquis, les Algonquins, les Attikameks, les Cris, les Hurons-Wendat, les Inuits, les Innus (Montagnais), les Malécites, les Micmacs, les Mohawks et les Naskapis représentent autant de langues, de cultures et de traditions autochtones différentes au Québec. Cette méconnaissance explique probablement, en partie, le malaise d'en parler, ou même de tenir compte de leur réalité, tant dans la société qu'à l'école.

Un peuple est responsable de son ignorance : il a le devoir de s'informer.

Pour Lise Bastien, directrice générale du Conseil en Éducation des Premières Nations, c'est symptomatique des sociétés dominantes. « Les institutions ne présentent jamais le côté sombre de leur histoire. Or, empêcher l'expression d'une culture ou d'une langue, voire les renier, c'est une attaque culturelle. Dans toutes les institutions d'enseignement, on trouve très peu de contenu sur la réalité des Premières Nations. Ça fait des décennies que j'entends les gens dire qu'ils sont mal à l'aise par rapport à la question autochtone, parce qu'ils n'en connaissent pas assez là-dessus. Un peuple est responsable de son ignorance : il a le devoir de savoir. »

Un changement de cap s'impose

Selon elle, il est grand temps que notre société valorise et mette en évidence la présence des Premiers Peuples sur le territoire. Il devrait même y avoir une obligation d'informer la population, de même que de faire en sorte que les personnes travaillant avec les Premières Nations fréquentent régulièrement ces communautés.

« Dans l'appareil gouvernemental, on a besoin de gens beaucoup mieux informés. Si visiter des communautés ne donne pas pour autant une expertise fine, cela permet au moins d'aller chercher certaines informations et de développer une sensibilité », précise-t-elle.

Un virage en milieu scolaire est impératif

Par ailleurs, Lise Bastien soutient que la formation des enseignantes et enseignants devrait impérativement tenir compte des Premières Nations (par exemple, un cours de 45 heures). Le personnel devrait également être autorisé à parfaire ses connaissances.

Quant aux élèves autochtones fréquentant le système scolaire québécois, elle affirme que l'accompagnement par l'équipe-école est très important. Selon elle, il faut plus que des petites activités : ça prend un programme continu et des services adaptés aux jeunes apprenants des Premières Nations.

L'éducation, valorisée par les Premières Nations

Depuis la prise en charge des écoles par les conseils de bande dans les années 1970, les Premières Nations se sont réconciliées avec l'éducation, qui était auparavant perçue comme un instrument de colonisation. Aujourd'hui, l'éducation est plus valorisée, et ce, malgré la volonté du gouvernement Harper d'exercer un plus grand contrôle à ce chapitre.

Les Premières Nations doivent avoir des solutions de rechange. « Le fait que nous ayons nos écoles favorise grandement la transmission de notre héritage et de notre identité, voire l'émergence d'une fierté identitaire. Nous sommes aussi en mesure d'adapter l'acte d'enseigner à nos réalités et de modeler l'école selon les besoins de nos enfants, ce qui favorise la persévérance scolaire. Quant à l'enseignement de la langue, il est aussi facilité », affirme Lise Bastien.

Kiuna, la première institution collégiale pour les étudiantes et étudiants, a vu le jour à Odanak, il y a trois ans. Selon Lise Bastien, ce genre d'initiatives doit se poursuivre afin que, progressivement, les peuples des Premières Nations bâtissent toutes leurs institutions.