Mythe n° 5

Les hommes fuiraient l'enseignement, car c'est un monde de femmes

16 mars 2012

Les tenants du discours alarmiste laissent entendre que les hommes ne vont pas en enseignement parce que c'est un monde de femmes9. D'autres affirment aussi qu'il faudrait favoriser l'embauche des hommes en enseignement par des programmes de discrimination positive.

Au Québec, il est clair que les femmes sont largement majoritaires à l'éducation préscolaire et en enseignement primaire et secondaire, ce qui pourrait confirmer la thèse des alarmistes. Toutefois, selon une vaste étude de la Commission européenne dans une trentaine de pays, ce n'est pas le fait que l'école est un milieu féminin qui éloigne les hommes de l'enseignement. En réalité, l'explication la plus plausible de la faible présence des hommes en éducation tient à ce « que l'enseignement est fortement associé à la notion de soin10 ». Ce constat a tout son sens dans la mesure où plus on avance dans le système d'éducation, plus les élèves vieillissent et plus les hommes sont nombreux en enseignement (voir graphique 4).

Graphique 4 – Distribution du personnel enseignant selon l’ordre d’enseignement et le genre, Québec, 2006-2007, en %Par ailleurs, les programmes de discrimination positive visent à contrecarrer les discriminations systémiques subies par un groupe social. En ce qui concerne les hommes en enseignement, dans la grande majorité des cas, ils sont accueillis à bras ouverts lorsqu'ils postulent pour un poste au préscolaire ou au primaire et sont l'objet d'un préjugé favorable.

Enfin, même si socialement une meilleure mixité du corps enseignant est grandement souhaitable, il n'y a aucune preuve indiquant qu'une répartition plus équilibrée des genres en enseignement aurait un impact positif sur la performance scolaire des élèves.

Pour attirer plus d'hommes en enseignement, il faut travailler sur leurs perceptions de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire et secondaire. La discrimination positive à leur égard ne permet pas de régler ce problème.


9 Deux autres arguments sont avancés pour expliquer la faible présence des hommes en enseignement soit : 1) la piètre reconnaissance sociale de l'enseignement ; 2) le salaire peu élevé. Ces deux arguments ne semblent pas se vérifier dans les faits. Il est difficile d’accréditer le premier argument, car dans un pays comme la Finlande, où la profession est très valorisée, la proportion d’hommes au secondaire (36 %) est plus faible qu’au Québec (38 %). La question de la faible rémunération de la profession explique mal également la désaffection des hommes de l’enseignement, car au Luxembourg où la rémunération est très élevée (entre 102 000 $ et 177 109 $, au secondaire), les hommes sont minoritaires en enseignement.
10 COMMISSION EUROPÉENNE (2010). Différence entre les genres en matière de réussite scolaire. Étude sur les mesures prises et la situation actuelle en Europe, Bruxelles, Eurydice.