Le chemin imprévisible de Louise

7 mai 2012

Louise Quévillon enseigne dans une classe à effectif réduit à l'école de la Carrière à la commission scolaire Pierre-Neveu. Dans son groupe, il y a un élève souffrant de troubles envahissants du développement, deux enfants dyslexiques, un redoubleur et plusieurs autres qui éprouvent divers problèmes d'apprentissage. Il lui en faudrait davantage pour la décourager. « J'ai toujours eu un intérêt pour les enfants différents. Je tiens peut-être cela de ma mère, qui a enseigné des années auprès des élèves en difficulté. Je m'efforce de leur faire vivre une première réussite pour les amener à rehausser leur estime de soi. Je recherche toujours de nouvelles façons d'atteindre les jeunes, car, quand on réussit à leur redonner confiance, on peut les amener à faire de grandes choses », remarque-t-elle.

J'ai toujours eu un intérêt pour les enfants différents.

Jeune, au secondaire, elle s'ennuyait royalement à l'école : « Je faisais partie de celles qui apprennent vite sans trop d'efforts. Je jouais souvent des tours pendables à mes profs, confesse-t-elle rieuse. Je leur faisais perdre leur temps, car je ne voyais pas l'intérêt d'être à l'école. En secondaire V, à la fin de l'année scolaire, j'ai décroché. » Après dix ans de petits boulots et devenue mère de deux enfants, elle décide de retourner sur les bancs d'école pour compléter son diplôme d'études secondaires (DES) tout en travaillant. « Quand j'étais surveillante d'école, j'avais de la facilité avec les enfants, et la directrice un jour m'a dit : "Vas en éducation, tu as les aptitudes." Par la suite, des rencontres avec des bons profs qui utilisaient des stratégies pédagogiques diversifiées m'ont incitée à me diriger dans l'enseignement. » Elle a terminé ses études universitaires tout en occupant un emploi à temps plein pour faire vivre sa famille. Cela s'est fait au prix de nombreux sacrifices, mais elle ne regrette rien.

La qualité de la relation avec un élève peut faire la différence

Quand on lui demande en quoi son expérience de décrocheuse l'influence dans l'enseignement, elle répond spontanément : « Je sais maintenant que la qualité de la relation avec un élève peut faire la différence, surtout avec un élève qui a subi des échecs. Par contre, il ne faut pas abaisser nos exigences, mais plutôt fournir aux élèves un encadrement tout en les rendant responsables de leur réussite. Mon expérience me permet de repérer rapidement les signes avant-coureurs du décrochage et ainsi d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard. »

« Vous savez, ajoute-t-elle, je crois, à l'instar d'autres éducateurs, que l'on n'enseigne pas tant ce qu'on sait, mais ce qu'on est. Le jour où je me sentirai obligée d'aller enseigner, je ferai autre chose, car c'est cette image que j'enverrais à mes élèves. » À écouter cette pédagogue intarissable parler de son métier avec fougue et passion, on peut se douter que ce ne sera pas pour bientôt.