Dissolution judiciaire de l'Ethiopian Teachers' Association, Éthiopie

Montréal, le 18 février 2008

 

Télécopieur : 251 11 552020

 

Monsieur Meles Zenawi
Premier ministre
C.P. 1031
Addis Ababa
République fédérale démocratique d'Éthiopie

 

Monsieur le Premier ministre,

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) déplore la dissolution, par voie judiciaire, de l'Ethiopian Teachers' Association (ETA), fondée en 1949 et membre de l'Internationale de l'Éducation (IE).

Notre organisation a appris, avec consternation, la décision rendue par la Cour suprême d'Ethiopie, le 7 février, ordonnant l'ETA, dirigée par Gemoraw Kassa, de céder ses biens, ses avoirs et son nom, en d'autres termes, son identité et son existence, à une association constituée en 1993 et répondant également au nom d'ETA.

Par le passé, la CSQ a déjà dénoncé ce « vol d'identité ». Aujourd'hui, notre organisation regrette la dissolution judiciaire de l'ETA et considère qu'il s'agit d'une violation manifeste de la Convention 87 de l'OIT, disposant que « Les organisations de travailleurs et d'employeurs ne sont pas sujettes à dissolution ou à suspension par voie administrative ».

En juin 2007, le cas de l'Ethiopie a été discuté par la Commission d'application des normes de l'Organisation internationale du travail (OIT). Celle-ci a exprimé « son ferme espoir que des démarches appropriées soient entreprises pour s'assurer que le droit des enseignantes et des enseignants à la syndicalisation et à la conduite d’activités syndicales légitimes soit garanti à la fois par la loi et, dans la pratique, sans intervention de la part du gouvernement et qu'ils ne subissent plus d'arrestations ou d'emprisonnements pour avoir exercé leurs droits garantis par la Convention 87 ».

Monsieur le Premier ministre, la CSQ presse votre gouvernement de respecter la Convention 87 de l'OIT sur le droit à la liberté syndicale, ratifiée par l'Éthiopie en 1963, et :

  • de faire en sorte que le droit des enseignantes et des enseignants du secteur public à former des syndicats et à mener des activités syndi­cales légales soit garanti à la fois par la loi et dans la pratique ;
  • de créer un cadre légal permettant la coexistence de plus d'un syndicat d'enseignantes et d’enseignants.

Nous tenons enfin à souligner que la CSQ, qui représente quelque 150 000 enseignantes et enseignants ainsi que des travailleuses et des travailleurs du secteur de l'éducation au Québec, a voté en faveur d’une résolution sur l'Éthiopie lors du Congrès mondial de l’IE qui s'est tenu en juillet 2007, à Berlin.

Cette résolution « appelle les organisations affiliées à l'IE à alerter leur propre gouvernement sur la situation afin de faire pression sur le gouvernement éthiopien pour qu'il cesse toute action constituant une ingérence dans les affaires internes de l'ETA et des autres syndicats ».

Notre organisation informera donc le ministre canadien des Affaires étrangères de la situation de l’ETA et alertera également la représentation diplomatique canadienne en Éthiopie.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de notre haute considération.

 

Réjean Parent
Président

 

c.c. Internationale de l’Éducation (IE)
Ministre des Affaires étrangères
Ambassade du Canada en Éthiopie