Le philosophe au secours du syndicalisme

Anne-Catherine Sabas

Son titre de président de la Ligue des droits et libertés du Québec lui va comme un gant. On s'attendait, dès lors, à ce qu'il n'ait pas la langue de bois. Christian Nadeau ne nous a pas déçus.

Le sujet, il le plante d'emblée en amenant la réflexion sur le sens de l'action collective. S'il s'en prend à ce qu'il identifie comme les faiblesses du mouvement syndical – corporatisme en tête –, c'est pour affirmer l'espoir que le syndicalisme puisse changer le monde. « Et il doit le changer, nous dit-il, si nous ne voulons pas qu'à l'inverse, le monde change le syndicalisme. » Ce qui ne serait pas à notre avantage. La tentation de devenir partenaires du pouvoir exclut toute capacité à contrer celui-ci.

Pour le professeur, la mission première du syndicalisme n'est pas de défendre l'intérêt des membres. Comment ? Il est plus vaste. Il a pour vocation de défendre la population ; il est la « force qui permet l'édification de la société ». En effet... notre valeur première n'est-elle pas la solidarité ? Ainsi dénonce-t-il du même souffle la tendance à la hiérarchie dans des organisations de gauche qui devraient défendre l'égalité.

Rien de tout cela n'exclut la liberté. Car, le philosophe nous le rappelle, celle-ci est de plus en plus présentée comme l'apanage de la droite. Quelle ironie ! Au nom de la liberté individuelle, la droite se dresse contre toute action collective, mais envahit le discours public d'où elle propage ses idées.

Nadeau nous ramène à la première raison d'être des syndicats ; qui « permettent de vivre de manière décente et donnent le droit de regarder chacun dans les yeux sans crainte – y compris son patron. Personne ne doit être laissé derrière. »

Alors quelles pistes ? Il nous les offre en bouquet : imaginer une radio financée par les organisations syndicales pour contrer les fameuses radios poubelles, réagir à la « bêtise et à la violence inouïe des médias » en utilisant la voie de la culture, en élevant le niveau, ménager, créer des espaces de discussion libre, tenir des états généraux du syndicalisme.

Les congressistes, se levant spontanément, ont fait au philosophe une ovation longue et nourrie. Renouveler le syndicalisme, c'est d'abord « brasser » les habitudes.