Une vision collective pour l’avenir de l’éducation

L’éducation est un puissant levier de justice sociale et d’égalité des chances. Pendant deux ans, en collaboration avec nos syndicats affiliés et nos membres, nous avons mené une vaste réflexion afin de définir une vision commune de l’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, en passant par le réseau scolaire. Fruit d’une démarche collective et démocratique, cette réflexion a donné naissance à une plateforme ambitieuse regroupant 51 orientations, qui ouvre la voie vers une éducation plus humaine, plus équitable et résolument tournée vers l’avenir.

Une vision construite ensemble

Les grandes transformations naissent du dialogue. Convaincus que l’avenir de l’éducation ne peut se décider derrière des portes closes, nous avons lancé, à la suite du Congrès général de 2024, l’un des plus importants exercices de réflexion de notre histoire en matière d’éducation.

Pendant deux ans, nous avons mené un chantier d’envergure visant à actualiser nos positions et à bâtir une plateforme d’orientations avec celles et ceux qui connaissent le mieux les réalités du milieu : nos organisations affiliées et nos membres. Nous les avons invités à réfléchir, à débattre et à imaginer ensemble l’éducation de demain.

Cette démarche a permis de dégager une vision commune, enracinée dans l’expérience des personnes qui font vivre l’éducation au quotidien.

Une plateforme, 51 orientations et un projet pour l’avenir

Les orientations de notre plateforme en éducation sont bien au-delà d’une simple liste de revendications. Elles dessinent un véritable projet de société, où chaque enfant, chaque élève, chaque personne étudiante peut apprendre, s’épanouir et développer son plein potentiel.

Cette plateforme lance un appel clair : faire de l’éducation une priorité nationale. Les 51 orientations qui la composent forment un projet cohérent, dans lequel chaque proposition renforce les autres pour relever les grands défis de notre époque : lutter contre les inégalités, favoriser le vivre-ensemble, soutenir la réussite éducative, reconnaître la diversité des parcours, rendre l’éducation plus accessible et préparer les citoyennes et citoyens de demain.

Cette plateforme guidera les actions de la CSQ dans les prochaines années et contribuera à nourrir la grande réflexion collective en éducation que réclament depuis longtemps la Centrale et de nombreuses autres organisations de la société civile.

Des orientations pour passer à l’action

Cette vision commune, que nous avons bâtie collectivement, ne se limite pas à un horizon vers lequel tendre. Elle se traduit par des choix clairs, des priorités concrètes et des orientations qui appellent à l’action.

C’est dans cet esprit que nous les présentons ici : non pas comme une série de revendications isolées, mais comme les piliers d’un projet d’éducation à construire ensemble.

Nous avons besoin de nous parler :

  • pour mener une grande réflexion collective sur l’éducation;
  • entre nous, entre tous les secteurs de l’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, en passant par le réseau scolaire, pour assurer le meilleur parcours possible à chaque enfant, à chaque élève et à chaque personne étudiante;
  • entre les ministères, les organismes et les institutions.

Nous avons besoin d’un vrai espace de dialogue social en éducation.

Nous avons besoin d’une éducation à visage humain :

  • en reconnaissant la contribution des personnes provenant de toutes les catégories d’emploi et de tous les secteurs;
  • en mettant l’accent sur le développement des enfants, des élèves, des étudiantes et des étudiants plutôt que sur la compétition entre les établissements et sur une approche clientéliste;
  • en rappelant que la technologie ne remplace pas les êtres humains dans la transmission des savoirs et de la motivation;
  • en demandant une nouvelle approche de gestion de l’éducation, développée en collaboration avec les chercheuses et chercheurs ainsi qu’avec les partenaires du milieu, et qui redonne toute sa place à la dimension humaine de l’éducation.

Nous avons besoin d’une éducation qui vise l’équité :

  • en offrant un soutien financier accru aux familles défavorisées et aux parents étudiants pour l’accès aux services éducatifs à la petite enfance;
  • en priorisant le développement de places dans les centres de la petite enfance (CPE) et dans les services éducatifs en milieu familial régis et subventionnés, tout en préservant l’offre de maternelles 4 ans auprès des populations défavorisées, en fonction des besoins et des réalités des communautés;
  • en mettant en place une politique nationale d’alimentation dans les établissements d’enseignement;
  • en instaurant un programme d’alimentation dans les écoles offrant des repas à l’ensemble des élèves selon des modalités favorisant l’équité.

Nous avons besoin de remettre la mixité scolaire et sociale au cœur de nos préoccupations :

  • en mettant fin à la sélection des élèves, tant au privé qu’au public;
  • en finançant les écoles privées qui ne sélectionnent plus les élèves sur la base de leurs résultats scolaires, n’exigent aucuns frais des parents et accueillent les élèves de leur territoire;
  • en offrant à tous les élèves l’accès à des projets pédagogiques particuliers, sans sélection;
  • en redéfinissant les territoires des établissements scolaires afin d’assurer une plus grande mixité;
  • en privilégiant la fréquentation de l’école de quartier offrant des projets pédagogiques particuliers accessibles à tous les élèves, en fonction de leurs intérêts et des particularités du quartier;
  • en permettant une révision du Programme de formation de l’école québécoise de manière à prioriser les contenus et à prescrire un temps minimal consacré aux matières obligatoires au secondaire, de manière à dégager du temps pour permettre à tous les élèves de participer à des projets pédagogiques particuliers offerts par des enseignantes et enseignants et, ainsi, de favoriser la mixité scolaire et sociale dans les classes.

Nous avons besoin d’une éducation accessible, de la petite enfance à l’enseignement supérieur :

  • en augmentant le nombre de places dans les CPE et dans les services éducatifs en milieu familial régis et subventionnés;
  • en réduisant les droits de scolarité au collégial et à l’université;
  • en élargissant l’accès à l’aide financière aux études et en accroissant des montants accordés en bourses;
  • en offrant des services éducatifs à l’enfance dans chacun des établissements collégiaux et universitaires;
  • en déployant une offre accrue de places en résidences étudiantes dans les réseaux collégial et universitaire;
  • en diversifiant les critères d’admission à l’université, au-delà des seuls résultats scolaires, pour favoriser une mixité de profils étudiants.

Nous avons besoin d’une éducation qui favorise la réussite éducative et offre le soutien nécessaire pour y parvenir :

  • en reconnaissant l’éducation à la petite enfance comme le premier maillon de l’éducation;
  • en misant sur la prévention ainsi que sur l’intervention rapide et précoce, et en assurant des services variés pour répondre aux besoins diversifiés des enfants, des élèves, jeunes et adultes, ainsi que des étudiantes et étudiants ayant des besoins particuliers;
  • en nous dotant d’une politique globale pour les enfants, les élèves, jeunes et adultes, et les étudiantes et étudiants ayant des besoins particuliers, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, pour assurer une meilleure cohérence dans l’offre de services;
  • en réalisant de manière rigoureuse l’analyse des capacités et des besoins des élèves du secteur scolaire, ainsi que l’évaluation de la contrainte excessive et de l’atteinte aux droits des autres élèves, afin de déterminer le meilleur environnement pour chacun, qu’il s’agisse de la classe régulière ou de la classe d’adaptation scolaire (classes spéciales ou spécialisées);
  • en veillant à ce que les services professionnels et de soutien nécessaires à une intégration harmonieuse soient assurés lorsque l’intégration en classe régulière est privilégiée;
  • en élargissant l’accès aux services d’orientation scolaire et professionnelle au secondaire et en favorisant leur promotion;
  • en demandant une vaste réflexion sur l’usage actuel de l’évaluation, qui exerce une pression sur nos institutions éducatives;
  • en offrant des services professionnels et de soutien en éducation des adultes et en formation continue en quantité suffisante pour répondre aux besoins des élèves et des étudiantes et étudiants;
  • en revoyant les modes de financement destinés aux enfants, aux élèves, jeunes et adultes, et aux personnes étudiantes ayant des besoins particuliers, pour qu’ils répondent véritablement à leurs besoins et permettent plus de prévisibilité et une meilleure stabilité des services à long terme;
  • en soutenant la diversité et la richesse de l’offre de programmes collégiaux et universitaires sur l’ensemble du territoire québécois, notamment dans les régions.

Nous avons besoin d’une éducation qui reconnaît la diversité des parcours et des réalités :

  • en faisant la promotion des avantages de la fréquentation d’un service éducatif à la petite enfance auprès des organismes travaillant auprès des personnes immigrantes;
  • en reconnaissant l’éducation des adultes et la formation continue comme des composantes essentielles du système d’éducation et en leur assurant un mode de financement qui permette de répondre aux besoins des adultes dans toutes les régions du Québec;
  • en reconnaissant le caractère essentiel de l’éducation populaire afin de répondre à des besoins sociaux;
  • en demandant des mesures concrètes pour soutenir la réalisation de la mission des organismes d’éducation populaire;
  • en favorisant les liens de collaboration entre les institutions éducatives et les organismes d’éducation populaire, dans une vision commune de l’éducation et dans le respect de leurs missions respectives;
  • en revendiquant le positionnement de la formation professionnelle comme une formation essentielle à la société;
  • en privilégiant l’obtention du diplôme d’études professionnelles comme voie d’accès pour obtenir une formation qualifiante et transférable dans ce secteur;
  • en dotant la formation professionnelle d’un mode de financement qui permet une plus grande accessibilité et qui assure aux élèves les services professionnels et de soutien nécessaires à leur réussite tout au long de leur parcours;
  • en créant des espaces de partenariat entre les institutions éducatives et les communautés autochtones pour encourager le dialogue et une meilleure compréhension de leurs réalités et permettre ainsi de mieux soutenir leurs revendications;
  • en offrant des mesures d’accompagnement et de soutien au sein des institutions éducatives adaptées aux réalités autochtones;
  • en renforçant les mesures pour l’accueil dans les institutions éducatives, des enfants, des élèves, jeunes et adultes, et des étudiantes et étudiants issus de l’immigration;
  • en demandant d’accroître les ressources pour soutenir la francisation des enfants, des élèves, des jeunes et des adultes, et des étudiantes et étudiants issus de l’immigration ainsi que de leurs familles.

Nous avons besoin d’une éducation porteuse de culture, de citoyenneté et de transformation sociale :

  • en revendiquant des ressources suffisantes afin que les institutions éducatives favorisent l’accès aux livres et maintiennent des bibliothèques bien garnies et dotées de personnel qualifié, contribuant ainsi au développement de la littératie et de l’alphabétisation;
  • en s’assurant que le développement et la maîtrise de la qualité de la langue sont une préoccupation transversale dans toutes les matières et dans tous les secteurs, de la petite enfance à l’enseignement supérieur;
  • en accordant une plus grande place aux notions d’écocitoyenneté lors de la révision de programmes;
  • en reconnaissant que les institutions éducatives, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, jouent un rôle important dans le développement de l’écocitoyenneté et qu’elles devraient soutenir les projets liés à l’écocitoyenneté, au développement durable et à l’engagement communautaire;
  • en demandant l’élaboration d’une stratégie québécoise de littératie numérique et d’intelligence artificielle (IA) qui intègre à la fois l’acquisition des habiletés techniques, le développement d’un esprit critique et la promotion de saines pratiques de socialisation;
  • en appliquant le principe de précaution lorsque des systèmes d’IA sont utilisés dans la gestion des institutions éducatives, afin d’éviter qu’ils ne renforcent les inégalités sociales préexistantes.

Parce que l’éducation est un bien commun, il est temps de lui redonner toute la place qu’elle mérite!