Santé

Violence et engorgement dans les hôpitaux : l’alarme est lancée

15 janvier 2026

Alors que les urgences québécoises débordent, la violence augmente dans les hôpitaux et autres milieux de la santé et des services sociaux. Entre hausse des agressions physiques et psychiques, mesures de sécurité coûteuses et problèmes chroniques de fluidité, le réseau de la santé peine à répondre aux besoins. Dans des entrevues accordées à différents médias, le président de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ), Déreck Cyr, brosse un portrait préoccupant de la situation dans l’ensemble des régions du Québec.

Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef 

Selon Déreck Cyr, l’augmentation de la violence observée dans la société se manifeste désormais jusque dans les établissements de santé. « Ce qui se passe dans la rue se reflète dans les hôpitaux », a-t-il dit en entrevue.

Les urgences, particulièrement celles qui accueillent une clientèle en santé mentale, sont devenues des milieux de travail à haut risque. Des armes blanches dissimulées sur des patients, des agressions graves et irréversibles, tant physiques que psychologiques, envers le personnel ainsi que des blessures permanentes, comme des fractures ou des amputations de doigts, subies par des travailleuses et des travailleurs ont été rapportées.

Pour répondre à cette situation, plusieurs établissements investissent massivement dans la sécurité. Selon le Journal de Montréal, « Québec a dépensé plus de 50 millions $ pour sécuriser les hôpitaux » en 2025. Des agents de sécurité supplémentaires sont embauchés, des postes vitrés et des boutons d’alerte sont installés. Même des détecteurs de métaux ont été mis en place, comme c’est le cas notamment à l’entrée de l’urgence de l’Hôpital Notre-Dame, à Montréal. Le président de la FSQ-CSQ est d’avis que des dispositifs de sécurité de ce type devraient être installés dans toutes les salles d’urgence des hôpitaux de la province.

Si ces mesures peuvent prévenir certains incidents, Déreck Cyr insiste toutefois sur le fait qu’elles ne s’attaquent pas aux causes profondes du problème, notamment la détresse psychologique, la consommation de substances et le manque de ressources en amont.

Déreck Cyr, président de la FSQ-CSQ. (Photo : Pascal Ratthé)

Des urgences engorgées par des choix structurels

Au-delà de la violence, la FSQ-CSQ sonne l’alarme sur l’engorgement chronique des urgences à l’automne et à l’hiver. Contrairement au discours récurrent qui attribue les débordements à la grippe saisonnière ou à la gastroentérite, Déreck Cyr rappelle que les taux d’occupation dépassent régulièrement les capacités des lits, peu importe la saison. Il évoque des urgences fonctionnant à plus de 170 % de leur capacité, même durant l’été.

Parmi les facteurs clés : le manque de personnel et l’absence de ratio d’infirmières et d’infirmières auxiliaires dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et dans les maisons des ainés (MDA). Ces situations entraînent des transferts inutiles vers les urgences pour des examens pouvant être faits sur place si des ratios par patient étaient établis. Ces personnes occupent des civières pendant de longues heures, voire des lits à l’hôpital, accentuant la pression sur le réseau et sur le transport ambulancier. « Sans oublier que le transport d’une personne âgée en plein hiver, à moins 30 degrés, n’est pas agréable pour elle », ajoute Déreck Cyr.

Le président de la FSQ-CSQ critique également l’ajout de nouvelles couches administratives depuis l’arrivée de Santé Québec, comme les postes de « directeur de la fluidité » qui, selon lui, n’ont pas amélioré les délais d’attente. « Selon les statistiques, depuis l’arrivée du directeur de la fluidité en février 2024 au Centre intégré de santé et de services sociaux de Laval, la durée moyenne de séjour sur civière à l’urgence avant d’obtenir un lit aux étages était de 18,8 heures et, là, il est de 19,9 heures en 2026 », illustre-t-il. L’argent investi en gestion devrait plutôt servir à embaucher du personnel soignant directement sur le plancher.

Pour Déreck Cyr, les solutions passent par un renforcement réel de la première ligne (pour encadrer l’itinérance actuellement en hausse, par exemple), par des soins à domicile ainsi que par des effectifs avec ratio et le remplacement des travailleuses et travailleurs qui s’absentent dans les milieux d’hébergement. Sans ces changements structurants, avertit-il, les risques pour la sécurité du personnel et de la population continueront à augmenter.