Éducation, Société

Violence en milieu scolaire: briser la banalisation pour mieux protéger

3 mars 2026

Les milieux éducatifs sont aux prises avec des formes de violence de plus en plus complexes, allant des agressions physiques aux nouvelles formes de radicalisation en ligne. Lors du Réseau des jeunes de la CSQ, deux experts ont brossé un portrait de cette réalité et proposé des outils concrets pour y faire face.

Par Félix Cauchy-Charest, conseiller CSQ 

Coups de crayon. Morsures. Ciseaux projetés. Cris. Harcèlement. Ces exemples, rapportés directement par des participantes et des participants lors du Réseau des jeunes de la CSQ en février dernier, illustrent une réalité quotidienne que, trop souvent, le milieu de l’éducation tend à minimiser. « C’est parce que tu n’es pas fait pour le métier », « Tu vas t’y habituer ». Inspecteur en santé et sécurité du travail depuis 15 ans, Jean-Martin Cloutier a mis le doigt sur un problème fondamental : cette banalisation amplifie les répercussions psychologiques de l’exposition à la violence… et elle est illégale!

La Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) est pourtant claire : l’article 51 oblige l’employeur à prendre les moyens nécessaires pour assurer la santé de ses travailleuses et travailleurs, tant sur le plan physique que psychologique. « Vous avez la loi de votre côté », a rappelé l’inspecteur, soulignant que la violence, même si elle est un risque inhérent au métier, ne saurait être acceptée passivement. « On n’enverrait pas les pompiers à un incendie sans leur équipement de protection, même si le feu est un risque inhérent à leur métier », ironise Jean-Martin Cloutier. Les policiers ont mis des années à briser cette culture du silence, il est temps que le milieu de l’éducation fasse de même.

Radicalisation, armes imprimées et nihilisme

Psychologue spécialisé en prévention de la radicalisation, Christian Savard a dressé un portrait plus sombre encore : les formes émergentes de violence en milieu scolaire dépassent largement les « gangs à numéros » d’antan. Armes blanches, pistolets imprimés en 3D, glorification de la violence sur les réseaux sociaux, masculinisme et suprémacisme blanc qui recrutent par le biais de mèmes anodins en apparence, le problème existe et il se nourrit de la souffrance.

Donnée troublante : selon les travaux de son équipe, environ 25 % des jeunes sondés considèrent la violence comme un moyen acceptable pour faire valoir leurs valeurs. Ce chiffre ne signifie pas qu’ils passeront à l’acte, mais il révèle un terreau fertile que les idéologies extrémistes savent exploiter, en offrant aux jeunes en souffrance une explication simpliste à leurs difficultés : « Tu souffres à cause d’eux ».

La violence nihiliste, où la destruction devient une expression de souffrance sans cause idéologique précise, est désormais la forme qui croît le plus rapidement. La pandémie, la polarisation sociale et la crise épistémique (où la science et les médias traditionnels sont rejetés au profit de sources complotistes) ont accéléré cette dynamique.

Des outils concrets : formation et dialogue

Face à ces réalités, les deux experts ont insisté sur des leviers d’action accessibles dès maintenant. Sur le plan de la santé-sécurité, Jean-Martin Cloutier a rappelé l’importance du droit de refus. Depuis 2021, ce droit s’applique explicitement aux dangers psychologiques. Il a aussi souligné que les déléguées et les délégués syndicaux peuvent déposer des plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) au nom de leur milieu. Les travailleuses et les travailleurs n’ont pas à porter le fardeau seuls.

La formation est un autre axe sur lequel on peut agir. Des programmes comme ITCA (Intervention thérapeutique lors de conduites agressives) ou CPI (Intervention non violente en situation de crises) offrent des techniques de désescalade et d’intervention physique sécuritaire, que l’employeur a l’obligation légale de fournir. L’improvisation en contexte de crise coûte cher : « C’est quand on improvise que ça tue en santé-sécurité », a tranché l’inspecteur.

Du côté de la prévention de la radicalisation, l’approche privilégiée repose sur l’empathie plutôt que sur la honte. Confronter directement un jeune sur ses propos extrémistes risque de le renforcer dans sa position et de le pousser vers des groupes qui l’accueillent sans jugement. Mieux vaut « accueillir avec curiosité », valider la souffrance, trouver un terrain commun, même minimal, et maintenir le lien. « Plus ils seront coupés de toute relation, plus il ne leur restera que des relations toxiques », a résumé Christian Savard.

Un message d’espoir : les choses peuvent changer

Les deux conférenciers ont conclu sur une note d’espoir ancrée dans des exemples concrets. Des milieux qui ont pris la question à bras-le-corps (évaluation régulière de la fatigue psychologique, rotation des travailleurs exposés, formations systématiques, mécanismes clairs de santé-sécurité) ont connu des améliorations significatives de leur climat de travail.

Pour les participantes et participants au Réseau, le message était clair : vous avez les outils, vous avez la loi, vous avez le soutien. La première étape, c’est de nommer ce qui n’est pas normal… et d’arrêter de s’y habituer.

Des outils à consulter

La CSQ dispose d’un dossier complet sur le sujet de la violence en milieu scolaire. Des outils concrets y sont offerts. Consultez Agir contre la violence en milieu scolaire – Centrale des syndicats du Québec (CSQ).