International

Vénézuéla : « Le silence d’aujourd’hui sera la permission de demain. »

5 mars 2026

La situation au Vénézuéla depuis le début de l’année 2026 suscite une vive réaction sur la scène internationale. Plusieurs organisations dénoncent d’une même voix l’intervention militaire des États-Unis, qu’elles considèrent comme une violation du droit international et une menace à la paix. Toutes appellent au respect des principes fondamentaux qui encadrent les relations entre les nations.

Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef 

L’Internationale de l’éducation (IE), l’Internationale des services publics (ISP) et le Conseil international de solidarité ouvrière (CISO), notamment, qualifient l’intervention militaire américaine au Vénézuéla d’agression contraire à la Charte des Nations Unies et au droit international. Ces organisations estiment qu’un tel geste compromet la stabilité régionale et internationale, et réaffirment leur attachement à l’égalité entre les nations, à l’autodétermination des peuples et au maintien de la paix.

De son côté, Amnistie internationale condamne aussi l’usage illégal de la force par les États-Unis, une situation qui pourrait créer des précédents dangereux pour d’autres conflits dans le monde. Car depuis cette attaque, le président Donald Trump a affirmé qu’il ne se considérait pas comme lié par le droit international et que l’hémisphère occidental est une région que les États-Unis ont le droit de contrôler, y compris par la force armée, et à leur guise.

Amnistie internationale rappelle toutefois que dénoncer l’intervention des États-Unis ne doit pas faire oublier les graves violations des droits humains et des crimes contre l’humanité imputés aux autorités vénézuéliennes, insistant sur la nécessité d’établir les responsabilités du gouvernement envers sa propre population.

Nous avons questionné Amnistie internationale sur le sujet. Tour d’horizon sous forme de questions-réponses :

MaCSQ : Amnistie internationale condamne les États-Unis et les autorités vénézuéliennes également. Pourquoi est-ce important de dénoncer les deux parties? 

Amnistie internationale : Nous condamnons sans équivoque tant l’usage illégal de la force par les États-Unis que les multiples crimes commis par les autorités vénézuéliennes contre la population. Dénoncer l’intervention militaire illégale des États-Unis ne doit en aucun cas occulter la nécessité de déterminer les responsabilités et d’obtenir réparation pour la longue série de graves violations des droits humains et de crimes contre l’humanité imputables au gouvernement vénézuélien.

Pour citer la secrétaire générale d’Amnistie internationale, Agnès Callamard : « On ne répare pas une injustice par une autre. Il faut établir pleinement les responsabilités et accorder des réparations pour l’attaque illégale menée par le gouvernement de Donald Trump contre le Vénézuéla, ainsi que pour les crimes commis par les autorités vénézuéliennes ».

MaCSQ : Comment l’intervention des États-Unis risque-t-elle d’aggraver la situation des droits humains pour la population vénézuélienne?

Amnistie internationale : Nous faisons état depuis plusieurs années des violations des droits humains et des crimes contre l’humanité menés par les autorités vénézuéliennes sous Nicolas Maduro contre la population civile. En 2019, notre organisation a établi l’existence d’une attaque généralisée et systématique, concluant que des crimes contre l’humanité avaient été commis depuis au moins 2014 (persécutions, disparitions forcées, etc.).

Dans un contexte d’incertitude imputable à la situation interne instable et au maintien de l’appareil répressif d’État, la population vénézuélienne est confrontée à un autre risque : l’ingérence croissante des États-Unis qui, loin d’apporter des solutions en matière de droits humains, pourrait causer d’autres préjudices, potentiellement irréparables, à ses droits et à sa sécurité.

Il faut savoir que les crimes contre l’humanité ne prennent pas fin avec la destitution de Nicolas Maduro. Des crimes continuent d’être commis sous le gouvernement par intérim de Delcy Rodríguez. Les forces de sécurité et les services de renseignement, ainsi que des groupes armés progouvernementaux, continuent de procéder à des arrestations, de surveiller des communautés et d’intimider les personnes soupçonnées d’avoir soutenu l’attaque du 3 janvier. Des informations émanant du terrain confirment de nouvelles détentions arbitraires, des menaces et des représailles, faisant écho aux pratiques bien connues de la dernière décennie.

MaCSQ : Quelles mesures concrètes devraient être prises pour protéger la population du Vénézuéla?

Amnistie internationale : D’abord, les États-Unis doivent cesser de recourir ou de menacer de recourir à la force contre le Vénézuéla. Lorsque des preuves crédibles pointent des morts et des homicides illégaux de civils, ils doivent mener dans les meilleurs délais une enquête indépendante et impartiale en vue d’accorder des réparations.

De leur côté, les autorités vénézuéliennes doivent notamment mettre fin aux crimes contre l’humanité. Il leur faut garantir le droit à la vie et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, mettre un terme aux disparitions forcées, à la torture et autres mauvais traitements, démanteler les groupes armés progouvernementaux, également responsables de graves violations des droits humains, et garantir les droits à la liberté d’expression, d’association, de participation politique et de réunion pacifique.

MaCSQ : Quel rôle la communauté internationale devrait-elle jouer dans ce conflit?

Pour citer encore une fois Agnès Callamard : « Le silence d’aujourd’hui sera la permission de demain. Les États doivent tracer une ligne claire, ici et maintenant. La souffrance des victimes de la force illégale et celle des victimes des brutalités infligées par leurs autorités n’entrent pas en concurrence. La seule voie qui respecte leur dignité est celle du droit : respecter le droit international, protéger les civils, enquêter sur les violations et garantir la justice ».

Tous les États doivent réaffirmer la primauté de la Charte des Nations Unies et le consensus international sur le caractère impératif de l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Dans les forums multilatéraux comme dans les échanges bilatéraux, ils doivent rejeter la normalisation du recours unilatéral à la force comme instrument politique et placer la protection des civils et les droits humains au cœur de leurs priorités.