Société
Une stratégie fédérale sur l’IA qui ignore les travailleuses et les travailleurs
10 juin 2026
Publiée dans Le Devoir, une lettre ouverte signée par les présidences des quatre grandes centrales syndicales du Québec, dont la CSQ, critique la stratégie fédérale en intelligence artificielle (IA). Les organisations signataires estiment qu’elle est ambitieuse sur le plan technologique, mais qu’elle néglige largement les travailleuses et les travailleurs. Selon elles, la consultation menée auprès du monde du travail a été insuffisante.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Une consultation expéditive
Les organisations signataires déplorent que la consultation consacrée au monde du travail se soit limitée à une seule rencontre d’environ deux heures, tenue à la fin du mois d’avril, alors que la stratégie gouvernementale était déjà largement définie : « Cette absence de dialogue avec les acteurs du monde du travail n’est sans doute pas étrangère à certaines lacunes importantes de la stratégie. En restreignant ses actions à la technologie, la politique oblitère un volet fondamental : les travailleuses et les travailleurs qui seront grandement touchés par ses transformations. » Ce processus jugé expéditif aurait, selon elles, contribué à l’absence de prise en compte des réalités vécues dans les milieux de travail.
Les organisations syndicales soulignent pourtant que les effets de l’IA sont déjà bien visibles : transformation des tâches, intensification du rythme de travail, modification des rapports hiérarchiques et disparition de certains emplois : « […] les impacts sont profonds, s’accélèrent et seront d’autant plus importants sur la jeune génération qui peine à trouver ses repères dans un marché de l’emploi en mutation rapide », écrivent-elles.
Des risques peu encadrés
Aucun mécanisme clair n’est prévu pour protéger les personnes salariées ni pour leur permettre de participer aux décisions liées à l’implantation de l’IA, affirment les organisations signataires. Elles jugent également insuffisantes les mesures de formation proposées, trop générales et déconnectées des réalités des milieux de travail.
Leur lettre met aussi en garde contre des dérives déjà observées, comme la surveillance électronique, la gestion algorithmique du personnel et les décisions automatisées biaisées. Les organisations réclament des normes plus sévères : « Sans règles claires — transparence des algorithmes, supervision humaine, protection stricte des données — ces outils risquent de fragiliser les droits fondamentaux au travail. »
Sur le plan environnemental, la stratégie fédérale reconnaît la forte croissance de la consommation énergétique liée à l’IA sans toutefois proposer de solutions concrètes pour concilier cette réalité avec les engagements climatiques, affirment les organisations syndicales.
Ces dernières rappellent que le dialogue social est essentiel pour assurer une transition équitable. Elles se disent également prêtes à participer aux prochaines étapes afin de corriger les lacunes de la stratégie et de mieux intégrer la réalité des milieux de travail.
Lisez l’intégralité de la lettre Stratégie fédérale L’IA pour tous : le gouvernement du Canada a oublié les travailleuses et les travailleurs, publiée sur le site du journal Le Devoir.
