International, Société
Recul inquiétant des droits des travailleuses et des travailleurs dans le monde
18 juin 2026
L’édition 2026 de l’Indice CSI des droits dans le monde, la seule enquête annuelle exhaustive sur les violations des droits du travail à l’échelle mondiale, dresse un constat préoccupant : les droits des travailleuses et des travailleurs continuent de se détériorer partout sur la planète.
Par Maude Messier, conseillère CSQ
Publié par la Confédération syndicale internationale (CSI), l’Indice révèle qu’au cours de la dernière année seulement, les violations de la liberté d’expression et de réunion ont augmenté de 5 %, tandis que les attaques violentes contre les travailleuses et les travailleurs ont grimpé de 6 %. Les atteintes aux libertés civiles, notamment les arrestations et les détentions de travailleuses et travailleurs ainsi que de leurs représentantes et représentants syndicaux, ont quant à elles connu une hausse de 3 %.
Ces indicateurs témoignent d’une intensification de la répression exercée contre le mouvement syndical partout dans le monde, fragilisant les mécanismes de défense des droits collectifs.
Nouvelles formes de contrôle et dialogue affaibli
L’enquête souligne également l’utilisation croissante des nouvelles technologies comme outils de surveillance et de contrôle de la main-d’œuvre. Elles servent à observer, discipliner et parfois faire taire les voix dissidentes.
Parallèlement, la CSI note un recul du dialogue social. De plus en plus de gouvernements modifient les lois du travail sans consultation significative de la part des organisations syndicales, affaiblissant ainsi les principes de négociation collective et de concertation.
Un recul qui touche aussi les démocraties
Cette détérioration ne se limite pas à certaines régions du monde. L’Europe et les Amériques enregistrent leurs pires résultats depuis la création de l’Indice, en 2014. Plusieurs pays, dont la France, ont vu leur note se détériorer, signe que même les démocraties établies ne sont pas à l’abri de cette tendance.
Au Canada, la situation demeure globalement plus favorable que dans plusieurs autres parties du globe, mais elle n’est pas exempte de préoccupations. Selon l’Indice CSI, le pays est classé dans la catégorie des États où des « violations régulières des droits » sont observées, ce qui indique que, malgré un cadre légal relativement solide, des entraves persistent dans la pratique.
À l’instar d’autres pays des Amériques, le Canada est touché par certaines tendances préoccupantes relevées par l’Indice, notamment les restrictions au droit de grève et les limites imposées à l’exercice effectif de la négociation collective, particulièrement en raison des récentes lois adoptées au Québec. Voilà qui nous rappelle que, même dans des démocraties reconnues pour leurs institutions, les droits syndicaux doivent être continuellement défendus.
Une menace pour la démocratie
Au-delà des droits du travail, l’Indice met en lumière une tendance plus large : l’érosion des principes démocratiques. Selon la CSI, les atteintes aux droits des travailleuses et des travailleurs s’inscrivent dans un mouvement plus global de concentration du pouvoir et des richesses, au détriment de la majorité, et duquel on doit s’inquiéter.
Les droits syndicaux, qui reposent sur la liberté d’association, la négociation collective et le droit de grève, sont essentiels au fonctionnement des sociétés démocratiques. Leur affaiblissement contribue à réduire la capacité des travailleuses et des travailleurs à faire entendre leur voix.
Dans un contexte où les pressions sur les droits collectifs se multiplient, la vigilance et l’engagement demeurent plus nécessaires que jamais.
De l’importance de la solidarité internationale
Lors de la plénière de la Commission syndicale consultative (TUAC) auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), tenue au début du mois à Paris, et en réponse au Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, le président de la CSQ, Éric Gingras, a profité de son intervention pour défendre une idée claire : les droits du travail ne peuvent être relégués au second plan des choix économiques et politiques.

En portant la voix du Québec sur cette tribune internationale, il a ramené au premier plan des réalités bien concrètes pour les travailleuses et les travailleurs : la hausse du coût de la vie, la crise du logement, la précarisation de l’emploi, les bouleversements liés à l’intelligence artificielle et la pression grandissante sur les services publics.
Il a fait valoir la situation particulière du Québec en rappelant que l’érosion de certains droits fondamentaux, notamment le droit de grève, se traduit par des effets tangibles sur le rapport de force entre employeurs, gouvernements et syndicats. Dans un contexte où plusieurs mesures législatives tendent à fragiliser les contrepoids syndicaux, il a insisté sur l’importance de défendre les chartes, les conventions internationales et le dialogue social.
Cette prise de parole s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir du travail et sur la nécessité de préserver des mécanismes de négociation collective solides. Faire entendre la réalité québécoise dans un forum comme celui du TUAC, c’est rappeler que les réponses aux crises économiques, technologiques et sociales ne peuvent se construire au détriment des droits des travailleuses et des travailleurs.