Enjeux sociopolitiques, Société

Recrutement international : «Priorisons les personnes déjà ici.»

12 mars 2026

Malgré les restrictions récentes en matière d’immigration, Québec prévoit relancer ce printemps des missions de recrutement à l’étranger pour combler les besoins de main-d’œuvre, notamment en éducation. La CSQ estime toutefois qu’une solution plus cohérente serait d’offrir la résidence permanente aux travailleuses et travailleurs étrangers déjà présents au Québec. Plusieurs personnes risquent en effet de perdre leur permis de travail dans les prochaines années.

Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef

Le ministère de l’Immigration « prépare cinq missions à l’international, ce printemps, pour recruter quelques centaines de professionnels, dont des enseignants au primaire, des travailleurs sociaux, des soudeurs et des mécaniciens », apprenait-on cette semaine dans un article publié dans Le Devoir. En entrevue à l’émission 15-18 sur ICI Radio-Canada, le vice-président de la CSQ, Pascal Côté, affirme que la reprise de ces missions internationales est paradoxale dans le contexte actuel : « On a des besoins et on a des gens qui sont qualifiés actuellement sur le territoire qui vont perdre leur permis de travail temporaire, et on veut en recruter d’autres à l’étranger », s’étonne-t-il.

Donner la priorité aux gens déjà intégrés

Pascal Côté rappelle que plusieurs secteurs publics, dont l’éducation et la santé, dépendent déjà de travailleuses et travailleurs étrangers. Dans le réseau scolaire seulement, des centaines de personnes pourraient voir leur permis expirer prochainement.

Pour la CSQ, ces personnes représentent une solution immédiate aux manques de main-d’œuvre. Déjà au travail, elles parlent français, sont intégrées dans leurs milieux et contribuent aux services publics. « Les personnes qui sont ici actuellement répondent aux besoins existants. Donnons-leur la résidence permanente », plaide le vice-président.

Cette situation crée beaucoup d’inquiétude chez plusieurs travailleuses et travailleurs étrangers temporaires. « Le permis de travail temporaire va prendre fin nécessairement d’ici la fin 2026, et ils vont être obligés de retourner dans leur pays d’origine. Ils n’auront plus le droit de travailler au Québec », explique-t-il. La CSQ estime qu’en leur accordant la résidence permanente, ces travailleuses et travailleurs pourraient continuer d’occuper des postes pour lesquels ces personnes sont déjà formées.

Une pénurie de main-d’œuvre structurelle

Au-delà de l’immigration, la CSQ insiste sur le fait que le manque de main-d’œuvre dans les réseaux publics est un problème de longue date. Dans le cas de l’enseignement, par exemple, les signes de manque de personnel sont connus depuis plusieurs années.

« Ça fait au moins 15 ans qu’on sait qu’on va avoir une pénurie de personnel enseignant », rappelle Pascal Côté. Selon lui, la réponse doit aussi passer par une meilleure attractivité des professions. La rétention du personnel est également essentielle pour stabiliser les réseaux. « Quelqu’un qui reste, c’est quelqu’un qu’on n’a pas à remplacer », souligne-t-il. Il ajoute que la valorisation de la profession et l’amélioration des conditions de travail doivent faire partie de la solution à long terme.

Si le gouvernement veut répondre durablement aux besoins de main-d’œuvre, il devra à la fois miser sur l’intégration des travailleuses et travailleurs déjà présents, ainsi que sur des mesures qui rendent les professions plus attractives, conclut Pascal Côté.