Balado Prendre les devants

Quand l’IA bouleverse le travail

2 juillet 2026

Bien que l’intelligence artificielle (IA) puisse apporter plusieurs bénéfices, cette technologie ne peut se substituer au jugement humain et doit être bien encadrée, estime Manon Poirier, CRHA, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA).

Par Anne-Marie Tremblay, collaboration spéciale 

En plus de menacer certains postes d’entrée, l’IA demeure encore très peu balisée dans plusieurs milieux de travail. « Je pense que les organisations n’étaient pas prêtes à l’arrivée de l’IA générative, qui est venue les bousculer », a expliqué Manon Poirier, lors du dernier épisode de la plus récente saison du balado Prendre les devants.

En effet, cette technologie a été adoptée par les travailleuses et les travailleurs bien avant d’être déployée officiellement par les organisations elles-mêmes. Cela pose différents enjeux, notamment sur le plan de la confidentialité des données, mais aussi de l’éthique.

Autre source d’inquiétude : la gestion algorithmique, qui permet de déléguer certaines tâches à l’IA, comme le tri de curriculum vitae (CV), l’attribution de tâches aux employées et employés ou leur surveillance. Selon le président de la CSQ et animateur du balado, Éric Gingras, l’humain devrait toujours rester au cœur des décisions; une préoccupation partagée par Manon Poirier qui estime qu’il ne faut pas se fier à l’IA les yeux fermés. C’est une question de responsabilité professionnelle : « C’est important de toujours continuer d’avoir un jugement humain sur ces outils, et des gens qui sont conscients des impacts. »

« Il faut encadrer, baliser, tester l’utilisation de l’IA », insiste-t-elle. Cela suppose aussi d’impliquer les travailleuses et les travailleurs avant d’acquérir ou de développer une solution technologique, afin de s’assurer qu’elle soit réellement utile et adaptée aux besoins du milieu. « Les employés s’attendent aussi à ce qu’on les accompagne, qu’on les forme, qu’on soit transparent avec eux si cela met en péril leur poste ou le transforme, une crainte toujours présente. »

Bien que l’intelligence artificielle (IA) puisse apporter plusieurs bénéfices, cette technologie ne peut se substituer au jugement humain et doit être bien encadrée, estime Manon Poirier, CRHA, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA).

Manon Poirier se questionne aussi sur l’utilisation des technologies pour surveiller les travailleuses et travailleurs à distance, adoptées par près du tiers des employeurs pendant la pandémie. « C’est aux antipodes des approches de gestion qui fonctionnent. Les travailleuses et travailleurs sont plus performants quand ils ont le goût de travailler pour l’organisation, qu’on leur fait confiance, qu’on leur donne de la latitude », a-t-elle fait valoir. À ses yeux, ces technologies ne devraient être utilisées que dans des cas précis et bien justifiés.

Un rapport de force qui s’affaiblit

Au-delà de l’IA, certaines décisions politiques récentes viennent modifier l’équilibre dans les relations de travail, a rappelé Éric Gingras. C’est le cas notamment du projet de loi no 89 qui encadre le droit de grève. Si l’objectif de limiter les impacts démesurés de ce moyen de pression sur la population peut se comprendre, les critères prévus demeurent trop flous selon Manon Poirier, laissant une large place à l’interprétation.

« Entre l’intention noble, les convictions du ministre, ce qui est écrit et ce qui va être interprété après, il peut y avoir un monde de différences », a-t-elle résumé. Manon Poirier estime aussi que ces modifications législatives risquent de fragiliser le rapport de force des syndicats. « En tant que spécialistes en relations de travail, nous estimons qu’il faut préserver cette balance des pouvoirs », a-t-elle souligné.

L’Ordre des CRHA s’est aussi montré critique envers certaines dispositions du projet de loi no 3, devenu la Loi 4, notamment celles qui touchaient les cotisations facultatives. Une telle mesure risque de compliquer inutilement le travail syndical et de freiner sa capacité à porter des causes sociales. « Les syndicats ne défendent pas que les conditions de travail de leurs membres, mais font aussi avancer de grands enjeux collectifs », a-t-elle rappelé.

L’importance de rétablir le dialogue social, de former le personnel ou de penser la productivité autrement a aussi été abordée lors du cinquième épisode de la quatrième saison du balado.

En savoir plus

Regardez ou écoutez l’intégralité de l’épisode 5 de la saison 4 du balado Prendre les devants.