Santé, Société
Préserver l’expertise publique en santé: un enjeu sous tension
4 juin 2026
La réforme qui restructure profondément le réseau de la santé et des services sociaux soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir de la santé publique au Québec. Cette transformation pourrait fragiliser l’indépendance scientifique et l’expertise publique. Au cœur du débat : la capacité de Québec à maintenir une approche axée sur la prévention plutôt que sur le curatif.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Adoptée dans une logique de « réduction de la taille de l’État » et « d’optimisation », la loi entraîne une vaste réorganisation : fusions d’organismes, abolition de structures, transfert de responsabilités et centralisation des budgets. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) est notamment fusionné avec l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), dans un nouvel ensemble où cohabitent des missions de prévention et d’évaluation clinique.
Pour le Syndicat des professionnelles et professionnels de la santé publique du Québec (SPPSPQ), cette fusion comporte un risque majeur, celui de diluer la mission de santé publique dans un système dominé par les urgences du curatif : « Le curatif prend toujours le dessus parce qu’il est urgent et visible, alors que la prévention repose sur des effets à long terme moins perceptibles politiquement », selon la vice-présidente du syndicat et conseillère scientifique à l’INSPQ, Élise Jalbert-Arsenault, invitée au dernier conseil général de la CSQ.
Autre inquiétude : le transfert des laboratoires nationaux, dont le Laboratoire de santé publique et le centre de toxicologie, vers Santé Québec. Ces infrastructures, considérées comme des pôles d’expertise uniques, pourraient perdre leur autonomie scientifique et leur capacité de recherches spécialisées.
Indépendance scientifique et prévention en jeu
Au-delà des restructurations, c’est l’indépendance scientifique qui est au centre des préoccupations. Le projet de loi prévoit que les orientations de l’institut devront être approuvées par le ministère de la Santé, une modification perçue comme une atteinte à l’autonomie des chercheuses et des chercheurs.
Les syndicats affiliés à la CSQ rappellent pourtant que la santé publique repose sur une expertise reconnue internationalement, qui analyse les politiques publiques, surveille l’état de santé de la population et agit sur les déterminants sociaux de la santé. Cette expertise inclut aussi des travaux sur la violence, les dépendances, la pollution et les maladies infectieuses.
Selon Élise Jalbert-Arsenault, chaque dollar investi en prévention génère environ 14 $ en retombées sociales, un argument utilisé pour défendre le maintien d’un financement solide en santé publique.
Mobilisation et revendications syndicales
Face à ces enjeux, le SPPSPQ-CSQ a multiplié les interventions : mémoire déposé en commission parlementaire, rencontres avec le cabinet ministériel, propositions d’amendements et campagne d’interpellation politique. Le syndicat réclame notamment la création d’un comité de surveillance indépendant, la protection des partenariats de recherche et le maintien des mandats de laboratoires publics.
Lors du conseil général, Élise Jalbert-Arsenault a également insisté sur la nécessité de préserver la capacité du Québec à produire une expertise indépendante, capable d’éclairer les décisions politiques sans contrainte gouvernementale. Une condition jugée essentielle pour maintenir un système de santé axé sur la prévention et l’intérêt collectif.