Petite enfance
Passionnées, mais épuisées : le paradoxe des éducatrices en petite enfance
24 avril 2026
Malgré une forte motivation et un attachement marqué pour leur travail, les intervenantes en petite enfance font face à des conditions difficiles à l’échelle mondiale. Une étude récente met en lumière un paradoxe préoccupant : un haut niveau de satisfaction professionnelle coexiste avec un sentiment de sous-valorisation, notamment sur le plan salarial. Des constats qui relancent le débat sur l’avenir du secteur de la petite enfance.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Les résultats de l’étude internationale Talis Petite enfance, grands défis de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), présentés aux organisations membres de l’Internationale de l’Éducation (IE) lors d’une rencontre en ligne, brossent un portrait sans équivoque du personnel en éducation à la petite enfance. Menée dans plusieurs pays, dont le Canada, cette étude met en évidence des défis persistants : pénurie de main-d’œuvre, stress élevé et possibilités limitées d’avancement professionnel.
Pourtant, une majorité du personnel interrogé dans le cadre de cette étude affirme éprouver une grande satisfaction à l’égard de son travail, notamment grâce à l’autonomie dont il dispose et la richesse des interactions avec les enfants. Cet engagement se heurte toutefois à une reconnaissance jugée insuffisante, tant sur le plan financier que social.
Un secteur sous pression
L’étude révèle que le personnel de la petite enfance joue un rôle central dans le développement des enfants, en particulier sur le plan socio-émotionnel. Les interactions quotidiennes, les échanges avec les familles et la collaboration avec d’autres services constituent des piliers du travail en petite enfance.
Toutefois, les responsabilités s’exercent souvent dans des conditions exigeantes. La surcharge de travail, les absences non remplacées et le manque de ressources spécialisées constituent les principales sources de stress.
L’étude révèle notamment que :
- Un pourcentage important du personnel souffre de stress lié au travail, allant de 20 % en Colombie et en Israël, à plus de 75 % en Allemagne.
- Le manque de capacités, de ressources et de temps est une source importante de stress. Le personnel cite le plus souvent comme sources de stress le fait d’avoir trop de tâches à accomplir en même temps, trop de travail lié à la documentation du développement des enfants et trop de tâches administratives.
- La pénurie de main-d’œuvre est une source de stress.
Formation, reconnaissance et rétention : des enjeux clés
Les données de l’étude montrent que le niveau de formation influence directement le sentiment de compétence et la rétention du personnel. Les personnes mieux formées sont généralement plus confiantes et plus enclines à demeurer dans ce secteur. Or, l’accès à certaines formes de perfectionnement, comme le mentorat ou l’accompagnement professionnel, demeure limité. À cela s’ajoute un besoin criant de formation continue, notamment pour mieux accompagner les enfants ayant des besoins particuliers ou issus de milieux linguistiques diversifiés.
L’étude révèle également que :
- Le manque de personnel de remplacement, le coût élevé du développement professionnel et le manque de temps sont les obstacles les plus fréquemment identifiés au développement professionnel.
- Le personnel expérimenté a tendance à bénéficier davantage du soutien au développement professionnel que le personnel novice, qui a sans doute besoin de plus de soutien lorsqu’il entre dans la profession.
- Le personnel signale un besoin important de ressources budgétaires et de formation supplémentaires pour soutenir les enfants ayant des besoins éducatifs particuliers.
Autre constat préoccupant : plusieurs travailleuses et travailleurs envisagent de quitter le domaine, parfois pour des emplois dans d’autres secteurs offrant de meilleures conditions. Cette réalité est d’autant plus marquée que la profession d’intervenante en petite enfance, largement féminine, reste historiquement sous-financée et sous-valorisée.
Des constats qui résonnent
Au Québec, les résultats de l’étude prennent une résonance particulière, comme l’a souligné Marjolaine Perreault, membre du Bureau exécutif de l’IE et directrice générale de la CSQ. Elle a rappelé que la pénurie de personnel fragilise directement la qualité des services, notamment en rendant difficile le respect des ratios d’intervenantes et d’intervenants qualifiés. Plus de 20 % des centres de la petite enfance (CPE) échouent d’ailleurs aux évaluations de qualité, une situation encore plus préoccupante dans le secteur privé.
Si certaines mesures ont été mises en place, comme le recours à des formations accélérées, afin de combler des postes rapidement, elles risquent d’affaiblir le réseau à long terme. À l’inverse, Marjolaine Perreault a souligné que le réseau public québécois, mieux soutenu, continue d’offrir une qualité supérieure, tout en jouant un rôle clé pour l’égalité des chances, la réussite éducative et la participation des femmes au marché du travail.
« La présentation du rapport Talis rappelle une chose : si l’on souhaite offrir une éducation de qualité dès la petite enfance, il est impératif d’investir dans celles et ceux qui en sont les piliers. Car derrière chaque service éducatif se trouve un personnel engagé, mais à bout de souffle », a rappelé la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), Anne-Marie Bellerose.
La CSQ a transmis cette étude au ministère de la Famille du Québec afin de s’assurer de la prise en considération de cette importante et rigoureuse étude de l’OCDE.
En savoir plus
Lisez le résumé des conclusions du rapport Talis Petite enfance, grands défis préparé par l’IE.