Santé, Société
Mieux chez soi : une politique accueillie avec réserve
30 janvier 2026
La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a dévoilé la nouvelle Politique nationale de soutien à domicile (PSAD) Mieux chez soi. Si le gouvernement y voit un tournant attendu, la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ) et l’AREQ, le mouvement des personnes retraitées CSQ, accueillent l’annonce avec réserve. Les deux organisations saluent l’intention, mais doutent de la capacité réelle de la politique de répondre à l’ampleur des besoins.
Présentée comme une réponse structurante à la pression croissante sur le réseau de la santé, la nouvelle politique s’accompagne d’une bonification de 107 millions $, qui s’ajoute aux 2,6 milliards $ déjà consacrés au soutien à domicile. La ministre a assuré que cette rentrée d’argent se traduira, notamment, par des ressources humaines supplémentaires, tant dans les CLSC que dans les entreprises d’économie sociale, une part importante des budgets étant destinée à l’embauche de personnel.
Un virage reconnu, mais trop prudent
Pour l’AREQ et la FSQ-CSQ, la publication de cette politique, attendue depuis plus de vingt ans, constitue une reconnaissance officielle du soutien à domicile comme véritable choix de vie. « Le soutien à domicile n’est plus une option. Il s’agit d’un enjeu central de dignité, d’équité et de capacité collective à prendre soin des personnes aînées », a dit la présidente de l’AREQ, Micheline Germain, rappelant que près du quart de la population québécoise aura 65 ans et plus d’ici 2031.
Malgré un discours ambitieux, l’absence d’un cadre financier structurant garantissant un accès universel aux services inquiète également les deux organisations, qui dénoncent aussi la place accordée aux personnes proches aidantes pour compenser les lacunes du réseau. « Confier des soins à des personnes qui ne sont pas formées pour les prodiguer comporte des risques réels pour la sécurité des personnes aidées », a prévenu Micheline Germain, insistant sur le risque d’épuisement des proches.
De plus, la rémunération des personnes proches aidantes constitue une fausse bonne idée lorsqu’elle vise à compenser l’insuffisance des services publics, selon l’AREQ. L’accroissement du recours aux entreprises d’économie sociale en aide à domicile est également perçu comme une forme de privatisation déguisée, susceptible de fragmenter l’offre de services et de maintenir des conditions de travail inégales. Pour l’AREQ et la FSQ-CSQ, le soutien à domicile doit reposer d’abord sur un réseau public fort et accessible.
Les deux organisations préviennent que la politique Mieux chez soi ne doit pas rester un slogan. Elles suivront de près la mise en œuvre de la politique afin qu’elle permette réellement aux personnes aînées de vivre à domicile, dans la dignité et la sécurité.