Enjeux sociopolitiques

Médias et politique : relation sous tension

20 avril 2026

Le dernier réseau d’action sociopolitique de la CSQ, qui a eu lieu les 14 et 15 avril 2026, a réuni une centaine de participantes et participants autour d’un thème brûlant : les relations entre médias et politique. Des spécialistes invités ont brossé un portrait critique d’un écosystème en profonde transformation. Entre désinformation, marketing politique et pouvoir des géants du Web, les constats sont préoccupants.

Par :
Marie-Sophie Villeneuve, conseillère CSQ
Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Photos :
Félix Cauchy-Charest 

Le réseau a permis d’explorer les multiples facettes du « quatrième pouvoir » dans un contexte marqué par les bouleversements numériques. Dès la conférence d’ouverture, l’expert des médias et professeur au Département des communications de l’Université de Montréal, Alain Saulnier, a donné le ton en qualifiant la domination des grandes plateformes numériques d’« urgence démocratique ».

Selon lui, les géants du Web redéfinissent les règles du jeu en contrôlant l’information, en amplifiant la désinformation et en fragilisant la souveraineté culturelle et politique. « Notre culture est marginalisée par les algorithmes », a-t-il notamment affirmé, pointant une concentration de pouvoir entre les mains de quelques grandes entreprises américaines. L’expert affirme qu’elles ont tellement de contrôle qu’il ne saurait y avoir une véritable souveraineté culturelle et politique sans une maîtrise de notre souveraineté numérique.

Alain Saulnier (Photo : courtoisie)

Un écosystème médiatique en mutation

La directrice du Centre d’études sur les médias et professeure Colette Brin a ensuite dressé un état des lieux de l’information au Québec. Elle a mis en lumière les transformations des habitudes médiatiques et les défis auxquels font face les médias traditionnels. Données à l’appui, elle a présenté les tendances actuelles et les outils développés par le Centre, notamment une cartographie interactive des médias au Québec, pour mieux comprendre le paysage médiatique québécois.

Colette Brin (Photo : courtoisie)

En après-midi, le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et professeur Simon Tremblay-Pépin a invité les participantes et participants du réseau à regarder « l’autre côté du miroir » en abordant le rôle des relations publiques.

Il a rappelé que derrière les critiques adressées aux médias se cachent souvent des stratégies d’influence bien orchestrées par diverses actrices et divers acteurs. Il a présenté en quoi consistent les relations publiques, mais surtout, les tensions qu’elles représentent pour des organisations progressistes comme la CSQ.

Simon Tremblay-Pépin (Photo : courtoisie)

Fort de son expérience dans le monde politique, Mathieu Morin, maintenant conseiller aux médias numériques à la CSQ, a illustré concrètement comment les médias influencent le travail des élues et élus.

À l’aide de nombreux exemples concrets, il a expliqué comment fonctionnent, concrètement, les relations entre les médias et les personnes élues, et comment la couverture médiatique peut engendrer des répercussions concrètes sur les décisions et les priorités politiques.

Marketing politique et nouvelles formes d’influence

La deuxième journée du réseau s’est ouverte sur une réflexion d’Émilie Foster au sujet de la transformation de la politique à l’ère du numérique. La professeure associée en politique appliquée à l’Université Carleton a mis en évidence les effets du sensationnalisme et des stratégies de communication sur la démocratie, notamment l’augmentation du cynisme et la baisse de la participation électorale.

Émilie Foster (Photo : courtoisie)

La formation sur les « robots en ligne », animée par le conseiller aux médias numériques de la CSQ, Félix Cauchy-Charest, a quant à elle permis de mieux comprendre les mécanismes contemporains de désinformation. L’intelligence artificielle, a-t-il expliqué, amplifie aujourd’hui la portée et la rapidité de la propagande politique à un niveau sans précédent.

Quel rôle jouent les médias en démocratie?

Le sociologue et enseignant au collégial, Philippe de Grosbois, a posé une question centrale à la toute fin du réseau : quel rôle les médias doivent-ils jouer dans un contexte où la démocratie est fragilisée? Il a invité les membres de la CSQ à réfléchir sur la neutralité des médias ainsi que sur les responsabilités de ces derniers et des organisations de la société civile.

Philippe de Grosbois

Au terme de ces deux journées de réseau, une idée s’impose : face aux transformations rapides de l’information et de la communication politique, les syndicats, ainsi que les citoyennes et citoyens, ont un rôle crucial à jouer pour assurer une information de qualité et une démocratie en santé.