Société
L’IA menace-t-elle l’humanité? Le mouvement syndical peut la protéger!
23 septembre 2026
Depuis quelques semaines, les médias rapportent des alertes sur les technologies d’intelligence artificielle (IA). On mentionne une « perte de contrôle » et une « menace pour l’humanité ». Comment doit réagir le mouvement syndical face à ces dangers?
Par Antoine Casgrain, conseiller CSQ
Qui croire : Pierrot ou les loups?
Avec la course folle au développement de l’IA, les industries ont créé des logiciels de plus en plus autonomes et imprévisibles, provoquant certains incidents de cybersécurité. Un ancien ingénieur d’Anthropic, la compagnie créatrice de l’agent conversationnel Claude, a déclaré que l’IA « pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Le Québécois Yoshua Bengio, l’un des pionniers de l’IA, affirme quant à lui que nous sommes en train de « perdre le contrôle ».
Ces signaux doivent être pris au sérieux, mais demeurons sur nos gardes en ce qui concerne les solutions. Les géants de l’IA (OpenAI, Anthropic et Google) tirent profit de ces annonces alarmistes. Dans leur course commerciale effrénée, la prétention de détenir l’IA la plus puissante attire des investissements de centaines de milliards de dollars. Leurs lobbys s’activent également à convaincre les gouvernements qu’eux seuls possèdent la maitrise des puissants modèles d’IA, et donc qu’eux seuls disposent des outils efficaces pour s’autoréguler.
De son côté, le grand patron de la compagnie canadienne Cohere, Aidan Gomez, voit ses concurrents états-uniens comme « un loup déguisé en mouton, un cartel sous n’importe quel autre nom ». Cette compétition sans merci renforce la nécessité d’un encadrement public indépendant. Les grands joueurs ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes pour définir les règles de sécurité applicables à leurs propres produits.
Des problèmes ici et maintenant
Cela dit, s’inquiéter de la menace existentielle risque de détourner l’attention des dangers déjà bien présents. Le problème principal n’est pas seulement la puissance de la technologie en soi, mais les conditions dans lesquelles elle est développée et déployée.
Dans les milieux professionnels, l’IA améliore la productivité pour certaines travailleuses et certains travailleurs, tout en alourdissant le travail, en l’intensifiant ou en le rendant plus opaque pour d’autres. On observe déjà la disparition de différents types d’emploi, en traduction et en programmation, notamment. Par ailleurs, l’IA crée également de nouveaux emplois souvent précaires, angoissants et sous-payés : les travailleuses et travailleurs du clic, de la modération de contenu ou de la livraison en tout genre.
L’IA générative présente aussi des risques environnementaux, car elle repose sur des infrastructures physiques lourdes comme des centres de données monstrueux, elle produit énormément de déchets électroniques et elle entraîne une consommation massive d’électricité, d’eau ainsi que de matériaux. De plus en plus de communautés, particulièrement aux États-Unis, s’opposent à la construction des gigantesques centres de données servant à l’IA.
Une plateforme de solutions
À cet égard, la plateforme en intelligence artificielle de la CSQ fournit des éléments de réponse. Elle rappelle que l’IA doit être mise au service du bien commun, de la souveraineté numérique, des services publics à visage humain, de l’autonomie professionnelle et du respect des travailleuses et des travailleurs.
La CSQ revendique notamment une loi-cadre sur l’IA, la création d’une autorité indépendante et le droit à la décision humaine dans les domaines sensibles. Pour les milieux de travail, elle revendique l’interdiction de la surveillance électronique en continu, des comités paritaires sur l’IA et des mesures de formation. Une politique responsable doit aussi intégrer la sobriété numérique, afin de faire des choix technologiques compatibles avec les limites écologiques.
La réponse syndicale de la CSQ ne consiste pas à céder à la panique, mais à politiser l’enjeu. Oui, certaines alertes extrêmes doivent être prises au sérieux, mais l’urgence immédiate est de contraindre l’industrie de l’IA à rendre des comptes et d’impliquer les travailleuses et les travailleurs dans la transformation de leurs milieux de travail.