Éducation
PISA 2025: des résultats qui interpellent
17 septembre 2026
Les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 2025 révèlent un recul préoccupant des apprentissages dans plusieurs pays, alors que les inégalités sociales, le désengagement des élèves et les conditions d’enseignement demeurent au cœur des défis. Pour la CSQ, ces données doivent surtout servir à nourrir le dialogue social et à guider les investissements nécessaires en éducation, plutôt qu’à établir un simple classement entre les systèmes scolaires.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef, et Matthieu Pelard, conseiller CSQ
Un recul qui dépasse les frontières
Menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) auprès des élèves de 15 ans, l’enquête PISA évalue les compétences en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences. Ses résultats de 2025 montrent un recul généralisé des performances des élèves depuis 2022.
Le Canada demeure néanmoins parmi les systèmes les plus performants de l’OCDE, avec des résultats supérieurs à la moyenne internationale dans les trois domaines. Depuis 2022, il accuse toutefois des baisses de 17 points en lecture, de 12 points en mathématiques et de 5 points en sciences. Le désengagement des élèves est également préoccupant : la curiosité envers les apprentissages diminue, tandis que le climat scolaire et le sentiment d’appartenance jouent un rôle important dans la réussite.
Des données à interpréter avec prudence
Les résultats canadiens de l’étude doivent toutefois être considérés avec prudence. Certains standards de participation du PISA n’ont pas été atteints, car plusieurs écoles sélectionnées n’ont pas participé à l’étude, ce qui pourrait entraîner un biais à la hausse des résultats, au Québec et dans d’autres provinces. Les comparaisons et les classements doivent donc être interprétés avec précaution.
Les données mettent aussi en lumière l’écart entre les élèves favorisés et défavorisés sur le plan socioéconomique. Il est moins marqué qu’en moyenne dans l’OCDE, et moins grand qu’en 2022. Or, cette diminution n’est pas synonyme d’amélioration, car elle est principalement due au fait que les élèves favorisés ont reculé de 13 points, alors que les élèves défavorisés n’ont progressé que d’un point.
Le Québec arrive au premier rang des provinces canadiennes en mathématiques et se classe au 9e rang parmi les pays évalués. Il figure également parmi les provinces les plus performantes en sciences. En lecture, toutefois, les résultats du Québec se situent sous la moyenne de l’OCDE. Cette situation mérite une attention particulière, puisque les compétences en lecture constituent un fondement important des apprentissages et de la réussite.
L’écart des résultats en sciences entre les élèves immigrants et non immigrants est également beaucoup plus faible au Canada.
Un fossé important persiste entre les filles et les garçons, selon l’enquête PISA : les filles obtiennent de meilleurs résultats en lecture, tandis que les garçons les devancent en mathématiques. Ces variations doivent être prises en compte, notamment en portant une attention aux difficultés et aux besoins de chaque élève. Elles invitent également à s’interroger sur l’influence des stéréotypes de genre et sur la nécessité de les déconstruire afin que chaque élève puisse développer pleinement son potentiel.
Les conditions d’apprentissage comptent
Au-delà des résultats, l’étude PISA 2025 met en évidence plusieurs facteurs qui rejoignent les préoccupations de la CSQ : pénurie de personnel, détérioration du climat scolaire, diminution du soutien familial et désengagement des élèves. Le soutien offert par le personnel enseignant est notamment associé à de meilleurs résultats et à une meilleure attitude envers les apprentissages. Cette donnée appuie la position de la CSQ selon laquelle on ne peut analyser les résultats des élèves sans également tenir compte des conditions dans lesquelles le personnel de l’éducation exerce son travail. Pour être en mesure d’offrir un soutien de qualité, il doit lui aussi pouvoir compter sur des conditions favorables à la réussite.
Le numérique et l’intelligence artificielle (IA) ne constituent pas, par ailleurs, des solutions miracles, selon les données du PISA. Une plus grande présence de la technologie ne garantit pas de meilleurs apprentissages et pourrait même accentuer certaines inégalités. Pour la CSQ, cela renforce l’importance de balises, d’un accompagnement adéquat et de la formation du personnel, en cohérence avec la plateforme en intelligence artificielle de la Centrale, publiée au printemps 2026.
Faire de ces données un levier d’action
Pour la directrice générale de la CSQ et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’éducation, Marjolaine Perreault, la valeur du PISA réside surtout dans sa capacité à alimenter le dialogue social : « Chaque fois que nous pouvons parler d’éducation, c’est pour nous un moment essentiel, un moment qui compte et qui nous offre une possibilité d’agir. »
Les conclusions du PISA ne devraient donc pas servir à juger le personnel de l’éducation. Ils doivent plutôt contribuer à évaluer la capacité collective à offrir à chaque élève une éducation équitable, suffisamment financée et portée par le personnel de l’éducation reconnu pour son expertise.
Pour la CSQ, les données sont essentielles, mais leur interprétation doit aussi s’appuyer sur l’expérience de celles et de ceux qui font vivre l’école au quotidien. « La Centrale réclame d’ailleurs depuis longtemps une grande réflexion collective sur l’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur », conclut le président de la CSQ, Éric Gingras.