La crise de la pandémie que l’on vit depuis un an a mis en lumière la véritable crise des conditions de travail qui sévit dans les établissements publics depuis trop longtemps. Après 20 ans d’austérité, de coupes et de lois spéciales, la cour est pleine dans les établissements scolaires et de santé ainsi que dans les cégeps, pour ne nommer que ceux-là. Partout, on entend le même message : on n’en peut plus du saupoudrage et des demi-mesures qui ne règlent pas les problèmes d’attraction, de surcharge et de désertion.

Les négociations visant le renouvellement des conditions de travail du personnel en éducation, en santé et dans les cégeps durent depuis maintenant plus de 18 mois. Sur les quelque 42 tables de négociation touchant les 550 000 employés de l’État, dont plusieurs affectent de près les ressources dédiées quotidiennement pour les services aux élèves, aux étudiants ou aux patients, 39 ne font l’objet d’aucun projet d’entente de règlement. Alors que la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a déjà réduit ses demandes de moitié et que le premier ministre convoquait les syndicats à une rencontre dimanche dernier, notre organisation aurait pu s’attendre à une avancée du gouvernement sur ses positions, qui demeuraient inflexibles depuis le départ.

Or, ce ne fut pas le cas. Alors que plusieurs employés quittent les réseaux de l’éducation et de la santé depuis les dernières années et que de nombreux autres y songent sérieusement, le gouvernement ne propose aucune solution pour stopper cette hémorragie dans la quasi-totalité des catégories d’emplois en éducation et en santé.

Les offres du gouvernement n’ont fait l’objet d’aucune évolution en dehors de l’opération caquiste de relations publiques qui a été lancée.

Des montants forfaitaires? Non merci!

En proposant 3 % de montants forfaitaires non récurrents qui sont appelés à disparaître dès 2023, le gouvernement annonce des reculs salariaux importants dès la fin de la convention collective et qui ne seront pas comptabilisés dans le calcul de la retraite. Ce faisant, il continue de détourner son regard de la réalité vécue par plusieurs dizaines de milliers de membres du personnel de soutien, professionnel ou enseignant du milieu scolaire ou collégial, ou même de la santé.

Se disant lui-même « obsédé d’augmenter le salaire moyen au Québec », le premier ministre qualifie de « problème » l’arrivée d’immigrants gagnant moins de 56 000 dollars par année. En disant cela, sait-il seulement que le revenu moyen annuel de l’ensemble du personnel des secteurs public et parapublic est de 44 000 dollars, en retard de 9,2 % sur tous les autres salariés du Québec? Dans certains secteurs spécifiques, comme le personnel de soutien scolaire, le revenu annuel moyen est aussi bas que 23 400 dollars.

Les services à la population étant plus importants que jamais, les conditions de travail du personnel de l’éducation, des cégeps et de la santé, ça nous regarde tous. Et la dernière chose dont les milliers de femmes et d’hommes des écoles, des cégeps et des établissements de santé ont besoin, ce sont des ultimatums visant à imposer encore des conditions de travail dévalorisantes. Parce que les emplois en éducation et en santé ont tous ça en commun : ils manquent de ressources, ils manquent de monde, ils manquent de reconnaissance… et ils sont occupés en majorité par des femmes.

La CSQ porte la voix de plus de 125 000 personnes dont la mission première est de prendre soin du monde, de nos proches et de ceux qu’on aime. Pour toutes ces raisons, nous continuerons à porter leur message qu’il faut que ça change maintenant.

Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)