À 13 ans, Samuel aimerait bien travailler cet été. Sa mère, Geneviève Bérard, est toutefois catégorique : elle refuse que son ado aille sur le marché du travail aussi jeune. « Je préfère qu’il profite de ses fins de semaine et de son été pour avoir du plaisir avec ses amis. Il a tout le reste de sa vie pour travailler », dit-elle.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun âge minimal pour occuper un emploi. Les jeunes de moins de 14 ans, comme Samuel, doivent obtenir le consentement écrit de leurs parents.

La situation pourrait toutefois changer si le projet de loi sur l’encadrement du travail des enfants, déposé le 28 mars 2023 par le ministre du Travail, Jean Boulet, est adopté. L’âge d’admission à l’emploi serait alors fixé à 14 ans, sauf exception. Samuel devra alors attendre quelques mois avant d’occuper son premier emploi.

Une loi nécessaire

À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), c’est avec satisfaction qu’on accueille le projet de loi no 19 dont l’objectif est de protéger davantage les enfants. « C’est important pour leur réussite éducative et leur santé physique et psychologique, rappelle le président de la CSQ, Éric Gingras. Nous avons socialement la responsabilité d’encadrer le recours au travail des jeunes, tout particulièrement dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. »

Le projet de loi du ministre va dans le sens du consensus travaillé et obtenu entre les parties syndicales et patronales au sein du Comité consultatif du travail et de la main-d’œuvre (CCTM), auquel siège la CSQ.

Outre l’âge d’admission à l’emploi fixé à 14 ans, le projet de loi limite notamment la semaine de travail à 17 heures pour les moins de 16 ans, dont un maximum de 10 heures entre le lundi matin et le vendredi soir.

La CSQ souhaite que la mise en œuvre du projet de loi et des mesures soit rapide.

La réussite scolaire avant tout

 « Limiter le nombre d’heures travaillées par les jeunes est une mesure bienvenue, affirme Éric Gingras. La persévérance scolaire doit être une grande priorité de notre société, et nous espérons que tous les employeurs soient interpellés. »

Il a en effet été démontré que le nombre d’heures travaillées par les jeunes augmentait l’indice de décrochage scolaire, particulièrement chez les garçons. Cet indice peut même atteindre 41 % chez les élèves du secondaire qui travaillent plus de 21 heures par semaine, selon des données du Réseau québécois pour la réussite éducative (RQRÉ). À partir de 15 à 20 heures de travail par semaine, des effets sur la santé et la performance scolaire peuvent aussi se faire sentir.

Accidents du travail : un autre enjeu

Si la réussite éducative est importante, la protection des jeunes l’est également. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a récemment dévoilé une augmentation de 392 % des accidents du travail reconnus chez les enfants de 14 ans et moins entre 2012 et 2021. En 2021, 1003 dossiers ont également été inscrits à la CNESST pour des accidents du travail chez les moins de 18 ans.

Un sujet abordé dans le balado Prendre les devants

L’enjeu du travail chez les jeunes a été abordé dans l’épisode 3 du balado de la CSQ, Prendre les devants.