Syndicalisme
Le privé à l’assaut des services publics : l’importance d’une mobilisation syndicale et sociale
1 juin 2026
La privatisation et la sous-traitance gagnent du terrain dans les réseaux publics québécois, au point de menacer l’accessibilité et la qualité des services offerts à la population. Réunis en conseil général (CG), les déléguées et délégués de la CSQ ont échangé sur le sujet, rappelant que sans mobilisation rapide, le privé continuera d’étendre son influence dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la petite enfance et de l’enseignement supérieur.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Pour alimenter la discussion, la CSQ avait invité le politicologue et professeur à l’Université Saint-Paul, Simon Tremblay-Pépin, et la chercheuse de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Anne Plourde, spécialisée en politiques de santé.
D’entrée de jeu, Simon Tremblay-Pépin a rappelé que la privatisation ne se limite pas à la vente d’un service public au privé. Selon lui, il s’agit plutôt d’un processus graduel qui prend plusieurs formes : sous-traitance, partenariats public-privé, recours aux agences privées ou encore importation de méthodes de gestion du privé dans les institutions publiques.
Le professeur a identifié quatre principaux arguments utilisés pour justifier cette transformation : la croyance que le privé serait plus efficace, la volonté de réduire les coûts de l’État, la lutte contre l’endettement public et la pression fiscale jugée trop élevée. « Quand on dit que le public coûte trop cher, cela veut souvent dire qu’on veut payer les travailleuses et les travailleurs moins cher », a-t-il résumé.
Dans le secteur de la petite enfance, il a rappelé que la fin du moratoire sur les garderies privées sous le gouvernement de Jean Charest, combinée à des modifications fiscales, a favorisé l’explosion des garderies non subventionnées. Une avenue moins coûteuse pour l’État, mais qui accentue, selon lui, la place du privé dans un réseau pensé à l’origine comme public.
En éducation, Simon Tremblay-Pépin estime que les contraintes budgétaires imposées aux centres de services scolaires encouragent indirectement la sous-traitance. Il cite notamment le recours croissant à des professionnelles et professionnels du privé pour l’évaluation des élèves ou encore l’apparition récente de services de rattrapage scolaire en ligne confiés à des entreprises privées.
Le même phénomène s’observe dans les cégeps et les universités, particulièrement avec la sous-traitance des services alimentaires. Selon le professeur, cette logique transfère les coûts vers les étudiantes et étudiants et pourrait contribuer à l’insécurité alimentaire grandissante chez les jeunes.
La santé aussi au cœur des inquiétudes
De son côté, Anne Plourde a proposé un retour historique sur la privatisation en santé. Elle soutient que le secteur privé n’a jamais cessé de chercher à reprendre de la place depuis la création du système public dans les années 1970. Selon elle, les milieux d’affaires et plusieurs associations médicales se sont historiquement opposés à l’assurance maladie publique universelle. Malgré cela, la pression exercée par les syndicats et les mouvements populaires a forcé les gouvernements à créer un réseau public de santé. « Le système public est d’abord une victoire syndicale et populaire », a-t-elle affirmé.
La chercheuse soutient également que les promesses associées au privé, comme la réduction des coûts, l’amélioration de l’accès aux soins médicaux et la diminution des listes d’attente, ne se concrétisent pas. Au contraire, plusieurs expériences récentes démontrent que les services privés coûtent davantage à l’État, comme c’est le cas avec les agences de placement ou certaines chirurgies confiées à des cliniques privées, notamment.
Pour Anne Plourde, la persistance des gouvernements à privatiser malgré ces constats s’explique par la proximité entre le pouvoir politique et les milieux économiques. Elle estime toutefois que des solutions existent pour renforcer le système public, à condition qu’elles soient appuyées par une volonté politique et par une mobilisation sociale soutenue.
Les deux invités, au terme de leur présentation, ont rappelé l’importance de resserrer les liens entre syndicats et mouvements sociaux afin de freiner l’expansion du privé dans les services publics québécois.