Dans une lettre envoyée la semaine dernière, la Table des partenaires universitaires (TPU) s’adresse à la ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Danielle McCann, pour soulever de sérieuses préoccupations en lien avec la santé et la sécurité du milieu universitaire lors de la rentrée hivernale 2022, et ce, en pleine 5e vague de pandémie de la Covid-19.

Mme la ministre,
M. le sous-ministre,

Les membres de la Table des partenaires universitaires (TPU) ont apprécié la tenue de la rencontre à laquelle vous nous avez conviés le mercredi 12 janvier et vous en remercient. Nous regrettons cependant que cette rencontre touchant les conditions de la rentrée universitaire de l’hiver 2022 soit arrivée aussi tardivement par rapport au calendrier de la session et que nous n’ayons pas été consultés en amont. La TPU est constituée de la grande majorité des associations étudiantes et des actrices et acteurs syndicaux du milieu universitaire représentant la presque totalité des personnels enseignant, de soutien, technique et professionnel. Nous désirons aussi vous rappeler qu’il serait essentiel que ces rencontres soient plus fréquentes étant donné leur importance dans la planification du travail de nos membres et, surtout, pour assurer leur santé et leur sécurité.

Santé et sécurité avant tout

Comme vous, nous reconnaissons que l’enseignement en présentiel est de loin préférable à l’enseignement à distance, tant pour la majorité des personnes étudiantes que pour les personnes du corps enseignant. La situation actuelle nous oblige cependant à faire preuve d’une extrême prudence. Les principales préoccupations doivent être la santé et la sécurité de toutes et de tous les membres de la communauté universitaire. De plus, nous ne voulons pas que le milieu universitaire devienne source d’éclosions, prolongeant ainsi la cinquième vague et risquant de détériorer davantage la situation déjà catastrophique dans le réseau de la santé. Durant votre introduction, Madame la Ministre, rappelons que vous avez martelé que nos milieux devaient être sécuritaires. En ce sens, nous devons prendre le temps de réunir toutes les conditions pour nous en assurer.

Par ailleurs, il importe de considérer que les présentes conditions liées au variant Omicron ne sont pas comparables à celles de l’automne 2021 dont vous avez fait mention durant votre allocution, et que les décisions prises doivent en tenir compte. Nous constatons qu’aucune mesure de protection additionnelle (tests rapides, masques N95, etc.) n’est en place actuellement. Nous pensons qu’une rentrée en présentiel, sans qu’une majorité de personnes enseignantes, étudiantes et des personnels ait reçu la troisième dose du vaccin, constitue un risque élevé pour la santé et la sécurité des membres de nos communautés universitaires. Un retour en présentiel devrait se faire uniquement en s’assurant que les conditions sécuritaires soient réunies et soient accompagnées d’un renforcement des autres mesures de protection.

Prévisibilité et consignes claires

Déjà, plusieurs directions d’établissements ont repoussé la date de retour en présentiel entre le 17 et le 31 janvier, mais n’osent pas s’aventurer au-delà, faute de directives claires. À la TPU, il y a consensus à savoir qu’un délai d’une semaine de préavis est largement insuffisant pour un retour en présentiel dans des conditions acceptables. Mieux vaut jouer de prudence que d’audace.

Actuellement, le manque de prévisibilité et de consignes claires ainsi que l’incertitude engendrent un chaos générateur de stress et de fatigue additionnelle pour tout le monde. Les personnes étudiantes ont besoin de prévoir et d’anticiper le déroulement de leur session sans risquer de basculer à nouveau en mode virtuel si un retour trop précoce sur les campus devait générer de nombreuses éclosions. Ceci serait le pire scénario, convenons-en, et le taux d’abandon risquerait fortement d’augmenter. De même, les personnes enseignantes ont besoin de prévisibilité pour la préparation de leurs cours, autrement, le va-et-vient entre le présentiel et le virtuel génère une importante surcharge de travail qui contribue à l’épuisement professionnel. Les personnels de soutien, technique et professionnel sont impliqués à différents niveaux pour assurer la réussite des sessions universitaires et les situations « yoyo » affectent aussi leur travail. Outre la santé physique, la santé psychologique de toutes et de tous demeure un enjeu criant en ce début d’année.

En ces temps difficiles, les mots clés demeurent santé, prudence et prévisibilité. C’est ainsi que les personnes étudiantes et les personnels enseignant, de soutien, technique et professionnel de nos universités pourront cheminer ensemble vers une session d’hiver réussie.

Signataires, membres de la Table des partenaires universitaires :

Vincent Beaucher, président de la Fédération de la recherche et de l’enseignement universitaire du Québec — CSQ
Renaud Béland, membre du comité de coordination, Fédération universitaire des syndicats étudiants
Hadrien Chénier-Marais, président de la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente
Valérie Fontaine, présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur — CSQ
Claude Fortin, présidente de la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche
Catherine Lanaris, vice-présidente secteur universitaire, Fédération des professionnèles — CSN
Carole Neill, présidente du Conseil provincial du secteur universitaire, Syndicat canadien de la fonction publique — FTQ
Samuel Poitras, président de l’Union étudiante du Québec
Sébastien Paquette, président du Conseil québécois des syndicats universitaires — AFPC
Jean Portugais, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université
Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignantes du Québec — CSN

La TPU a été constituée au milieu des années 1990. Elle réunit des organisations représentant des étudiantes et étudiants, du personnel de soutien, technique et professionnel, des chargées et chargés de cours et des professeures et professeurs. La TPU propose une vision humaniste de l’université. On peut prendre connaissance du manifeste publié le 25 novembre 2010 : Pour une université libre, accessible, démocratique et publique.