Syndicalisme

La relève syndicale : un engagement vital pour l’avenir du mouvement

2 avril 2026

La relève syndicale ne se limite pas aux jeunes travailleuses et travailleurs qui arrivent sur le marché du travail et qui s’impliquent syndicalement. Elle inclut aussi celles et ceux qui découvrent le syndicalisme plus tardivement. « Ces deux profils de militantes et militants sont toutefois essentiels pour assurer la continuité et la vitalité du mouvement », assure Valérie Fontaine, vice-présidente de la CSQ. À l’occasion de la Semaine de la relève syndicale, qui aura lieu du 6 au 10 avril, la CSQ met en lumière l’engagement de cette relève diversifiée.

Par Félix Cauchy-Charest, conseiller CSQ 

Pour Valérie Fontaine, l’enjeu est clair : « Les gens qui assument actuellement des responsabilités syndicales ne seront pas là ad vitam aeternam. C’est important de trouver des personnes intéressées à s’impliquer et à apprendre pour assurer la continuité. »

Comment susciter l’engagement? La réponse passe par la présence et l’ouverture : « Il faut être sur le terrain, rencontrer les membres, répondre à leurs questions et les informer », explique-t-elle. Cela signifie aussi de rendre le syndicalisme plus accessible : vulgariser le langage, démystifier les procédures et montrer concrètement les effets des actions syndicales. Elle propose également une approche progressive, inspirée des journées portes ouvertes organisées par les établissements d’enseignement : « Inviter les gens à venir constater par eux-mêmes la réalité de notre quotidien à titre de représentante ou représentant syndical, avant de les inviter à s’impliquer plus “officiellement”. »

Deux profils, deux réalités

La relève syndicale se compose de deux profils aux réalités différentes. Chez les jeunes travailleuses et travailleurs, souvent en début de carrière, l’enjeu principal est le manque de connaissance. « Leur intérêt pour le mouvement syndical n’est pas toujours immédiat, car beaucoup d’entre eux ne connaissent que peu ou pas du tout le fonctionnement, les structures syndicales, ni les gains que le syndicalisme a permis », explique Valérie Fontaine.

Sans formation ou accompagnement, il est normal que l’implication syndicale ne suscite pas d’enthousiasme immédiat. Pour attirer cette relève, « il faut donc miser sur plus d’informations, sur l’histoire du mouvement syndical et ses gains acquis au fil des décennies », croit la vice-présidente.

À l’inverse, les travailleuses et travailleurs expérimentés qui s’impliquent plus tardivement connaissent bien leur milieu, mais peuvent entretenir certaines idées reçues sur le syndicalisme. « Il faut les déconstruire et transformer leur perception, dit-elle. L’apport de cette relève pour le mouvement syndical est très précieux, car ces personnes amènent une richesse importante au sein des exécutifs locaux. »

Valérie Fontaine, vice-présidente de la CSQ et responsable du dossier de la relève syndicale. (Photo : François Beauregard)

Un contexte qui complexifie l’engagement

Le contexte actuel, marqué par des projets de loi antisyndicaux et une couverture médiatique parfois défavorable envers le mouvement syndical, peut freiner l’implication. Malgré cela, Valérie Fontaine se veut confiante : « Des défis comme ceux-là, les syndicats en ont connu chaque décennie. Nous serons capables de nous en sortir. »

Elle insiste sur l’importance de reprendre le contrôle du discours : informer, mobiliser et « porter nous-mêmes notre message ».

Un tremplin pour le leadership féminin

Dans un contexte où les femmes représentent 75 à 80 % des effectifs en éducation, en santé et en petite enfance, l’implication syndicale constitue un levier important pour le développement du leadership féminin. « Le monde syndical est conscient des obstacles que rencontrent les femmes pour accéder à certains postes de direction ou postes de responsabilités », souligne Valérie Fontaine.

Des mesures concrètes, comme le remboursement des frais de garde, facilitent leur implication. « J’ai moi-même utilisé ces leviers lorsque j’étais mère de jeunes enfants », témoigne-t-elle.

Les richesses de l’engagement syndical

Au-delà des défis, Valérie Fontaine insiste sur les nombreux bénéfices qu’apporte l’engagement syndical. « On apprend beaucoup et on développe un certain leadership. S’impliquer permet aussi d’obtenir une reconnaissance de la part de ses pairs, parce que ce n’est pas tout le monde qui veut faire la job de représentation ».

L’engagement syndical permet aussi de « vivre de belles expériences qui contribuent au développement professionnel » et « à l’amélioration des conditions de travail ».

Un appel à passer à l’action

À l’approche de la Semaine de la relève syndicale, Valérie Fontaine lance un message clair aux travailleuses et travailleurs qui hésitent encore à s’impliquer : « Si tu veux comprendre ce qui se passe dans ton milieu, faire partie des solutions et mieux connaître tes droits, viens faire un tour! » Elle rappelle qu’il n’est pas nécessaire de s’engager immédiatement à grande échelle : « On peut simplement mettre un pied dans la porte, aider son exécutif et participer aux assemblées. »

Cette première étape mène parfois plus loin : « Vous allez découvrir une super équipe, et ça, ça donne toujours le goût de continuer », conclut-elle.