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La mobilisation se poursuit en France

19 avril 2023

Réforme des retraites

La France vit, ces jours-ci, une mobilisation historique contre la réforme des retraites que veut imposer le gouvernement d’Emmanuel Macron. Ce projet, dénoncé par toutes les organisations syndicales françaises, attire l’attention jusqu’ici.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) s’est jointe à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et au Centre international de solidarité ouvrière (CISO) pour tenir, le 11 avril 2023, une conférence en ligne avec des représentantes et représentants de plusieurs organisations syndicales françaises1.

Des changements qui déplaisent

Le projet de réforme vise à hausser l’âge de la retraite des travailleuses et des travailleurs de 62 à 64 ans et à augmenter le nombre d’années d’expérience cotisées de 41 à 43, et ce, dès septembre 2023. En d’autres mots, pour avoir droit à une pleine retraite, une personne devra avoir travaillé 43 ans et avoir au moins 64 ans, ou alors elle devra travailler jusqu’à l’âge de 67 ans.

Repousser l’âge minimal d’accès à la retraite priverait de revenus les personnes les plus vulnérables, en fin de carrière, à des âges critiques (60 à 64 ans) pour lesquelles le taux de pauvreté est plus élevé, selon la CSQ (lisez le mémoire déposé en commission parlementaire). Au Québec, la Centrale plaide pour le maintien de l’âge d’accès à la retraite à 60 ans et s’est opposée à la proposition du gouvernement Legault de repousser l’âge à 62 ou à 65 ans.

Une mobilisation massive

Les organisations syndicales françaises, regroupées en intersyndicale, ont organisé 12 journées de mobilisation nationale qui ont rassemblé plus d’un million de personnes chaque fois dans toutes les régions de la France. Lors de la neuvième journée de mobilisation, c’est plus de 3,5 millions de personnes qui ont manifesté dans plus de 300 villes du pays. À ces manifestations, se sont ajoutées des grèves reconductibles dans plusieurs secteurs dont l’énergie et la collecte des ordures.

En conférence, le Secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA Éducation), Frédéric Marchand, a décrit la manière très autoritaire utilisée par le gouvernement Macron pour faire adopter cette réforme, qui a été conduite par la Première ministre, Élisabeth Borne.

Une adoption sans consultation

Aucune consultation avec les organisations syndicales n’a eu lieu, les débats ayant été limités à l’Assemblée nationale et au Sénat. Le projet de loi a été adopté en utilisant la procédure du 49.3, qui permet l’adoption d’un texte sans vote à l’Assemblée, sauf si une motion de censure venait à renverser le gouvernement. Les partis d’opposition ont présenté une motion de censure qui a été battue par neuf voix seulement.

Secrétaire générale du Syndicat national des enseignements de second degré – Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU), Sophie Vénétitay n’a pas hésité à dénoncer le déni de démocratie du gouvernement Macron ainsi que le caractère injuste et brutal de cette réforme qui attaque principalement les droits des femmes et des personnes défavorisées. Les différentes solutions proposées par les organisations syndicales ont toutes été rejetées par le gouvernement.

Il aura fallu trois mois de mobilisation pour que la Première ministre, Élisabeth Borne, daigne enfin recevoir les représentantes et représentants de l’intersyndicale le 5 avril 2023, mais elle a refusé de discuter du report de l’âge de la retraite. Elle a plutôt invité les organisations syndicales à discuter d’autres sujets, comme les conditions de travail, ce qui a provoqué la colère des porte-parole syndicaux, qui ont quitté la réunion.

La prochaine étape sera la demande d’un référendum d’initiative partagée, dont la mise en œuvre est cependant complexe et nécessite la signature de 4,8 millions de personnes.

Par Luc Allaire, conseiller à la CSQ

 

1      Union nationale des syndicats autonomes (UNSA Éducation), Confédération Générale du Travail (CGT), Confédération française démocratique du travail (CFDT), Syndicat national des enseignements de second degré – Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU) et Syndicat national Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Écoles et PEGC (SNUipp FSU).