Les maux de la langue

Interrondes

25 mars 2026

Interrondes : le vocabulaire des équipes entre deux séances de négociation

Dans l’univers syndical, un petit mot mérite d’être mieux connu : interrondes. Bien que ce mot n’existe pas en tant que tel dans les différents dictionnaires, il est tout à fait possible de l’utiliser dans un contexte syndical. Il évoque tout ce qui se déroule entre deux séances statutaires de négociation. Que dire de son orthographe? Avec ses deux parfaitement assumés, sans trait d’union, il soulève plusieurs interrogations lorsque l’on parle de son accord.

Par Dominique Brown, réviseure linguistique

Et pendant qu’on y est, parlons-en!

Adjectif ou nom?

  • Le plus souvent, il agit comme adjectif : le comité interrondes;
  • Utilisé comme nom, interronde reste au singulier, même si cette forme est assez rare : l’interronde.

La règle en bref

Lorsqu’un adjectif est formé du préfixe inter‑ et d’un nom, il est d’usage de mettre cet adjectif au pluriel quand il renvoie à plusieurs éléments, même si le nom auquel il se rapporte est singulier. Il prend donc la forme plurielle invariable (OQLF, 2014).

Quelques cousines et cousins pour se rassurer :

  • Un comité interentreprises : le comité est au singulier, mais il nécessite forcément la présence de plusieurs entreprises;
  • Une rencontre interclubs : l’événement est singulier, mais il réunit nécessairement plusieurs clubs, qui peuvent avoir en commun la même entité (de lecture, sportifs, de philatélie, etc.);
  • Un projet interservices : le projet demeure singulier, mais il mobilise plusieurs services en même temps.

Avec interrondes, la logique est la même : si vous parlez d’un comité, d’une équipe ou d’un processus impliquant au moins deux rondes, ce qui est forcément le cas, l’adjectif se mettra simplement au pluriel.

Saviez-vous que…

Le mot ronde désignait autrefois un chant utilisé lors de la surveillance de nuit.

Au Moyen Âge et jusqu’à l’époque moderne, une ronde n’était pas seulement un déplacement circulaire : c’était aussi une chanson que les gardes chantaient pendant leur patrouille de nuit.

Pourquoi chanter? Les soldats en patrouille entonnaient une « chanson de ronde » pour plusieurs raisons :

  • Signaler qu’ils étaient vivants et en poste;
  • Lutter contre la somnolence pendant les longues heures de garde;
  • Prévenir le chef de garde que la surveillance se déroulait comme prévu.

Le mot ronde s’est ensuite étendu pour désigner :

  • la patrouille elle-même;
  • la danse qui se fait en cercle;
  • la valeur de la note de musique (la ronde, la blanche, la noire…).

Toujours aussi caméléon, cette chère langue, et parfois, on dirait qu’elle nous entraine dans sa ronde avec un clin d’œil, juste pour voir si nous suivons la cadence.