Éducation

Hausse des investissements en éducation : «Il faut investir pour répondre aux vrais besoins»

15 janvier 2026

Le Québec investirait plus que jamais en éducation, selon le plus récent rapport de l’Institut du Québec (IDQ). Pour la CSQ, ces hausses budgétaires, bien que réelles, demeurent nettement insuffisantes au regard de l’explosion des besoins et s’expliquent en grande partie par l’inflation, la hausse de la fréquentation scolaire et les nouvelles dépenses du ministère pour compenser la réforme de la taxe scolaire.

Par :
François Desrochers, conseiller CSQ
Audrey Parenteau, rédactrice en chef
 

Selon l’IDQ, « les dépenses en éducation du gouvernement québécois ont connu une augmentation substantielle depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ), passant de 14,9 milliards $ en 2018 à 23,4 milliards $ en 2024 ». Aux niveaux primaire et secondaire, incluant la formation générale aux adultes, les dépenses auraient bondi de 57 %, faisant du Québec la province qui consacrerait désormais le plus de ressources par élève que la moyenne canadienne. Vraiment?

Des investissements qui masquent la réalité sur le terrain

Il y a bel et bien eu des investissements en éducation, mais cette lecture doit être nuancée, a dit le président de la CSQ, Éric Gingras, en entrevue cette semaine.

Si les investissements sont bien réels, ils ne racontent pas toute l’histoire, selon lui. Le réseau scolaire sort d’une longue période de sous-financement. Dans ce contexte, les nouveaux investissements permettent d’abord de rattraper des retards importants.

Une large part de l’augmentation des dépenses sert à absorber des coûts incontournables, comme les hausses salariales nécessaires pour couvrir l’inflation (+ 22 % entre 2018 et 2024), la croissance de la population scolaire (+ 11,5 %), un transfert du financement auparavant assuré par la taxe scolaire (un déplacement de 2 milliards $, ou + 8,5 %), pour un total de 42 % d’augmentation, qui ne résulte pas d’une hausse ou d’une amélioration des services.

Ces montants gonflent les chiffres sans pour autant se traduire automatiquement par davantage de services directs aux élèves. Sur le terrain, les besoins explosent et les budgets demeurent insuffisants, en particulier en matière de santé mentale, de difficultés d’apprentissage et de services aux élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissages (EHDAA).

Des comparaisons à manier avec prudence

La CSQ soulève aussi des limites méthodologiques dans le rapport de l’IDQ. Celui-ci relève que le nombre de travailleuses et travailleurs dans les écoles primaires et secondaires aurait augmenté de 30 % entre 2018 et 2024. Ces données, basées sur celles de Statistique Canada, incluraient également le personnel à temps partiel. Le nombre de postes équivalents temps complet (ETC) correspondrait plutôt à 14 %, selon la Centrale.

Les comparaisons interprovinciales sur le nombre d’employés par élève sont également trompeuses. En effet, ces données incluent les éducatrices à la petite enfance du réseau public. L’existence d’un réseau important de centres de la petite enfance (CPE) au Québec, inexistant ailleurs au Canada, vient donc fausser le portrait.

Comment mesurer la réussite?

L’IDQ tente de mesurer l’efficacité des investissements en éducation à la lumière d’indicateurs incapables de rendre compte de la réalité du terrain. Par exemple, l’Institut déplore que les investissements des dernières années aient été insuffisants pour atteindre la cible de taux de diplomation de nos jeunes au Québec. Or, « rater une cible d’amélioration » et « ne pas s’améliorer » sont deux choses complètement différentes. Malgré les ressources insuffisantes à leur mission, le personnel du réseau scolaire a réussi à faire passer le taux de diplomation de 72 % à 82,4 % entre 2009 et 2024.

Dans un marché de l’emploi marqué, d’un côté, par une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs et, de l’autre, par des transformations majeures provoquées par les changements technologiques, ces progrès au niveau du taux de diplomation sont essentiels pour l’avenir des prochaines générations.

De plus, l’IDQ mentionne le taux de roulement en hausse dans le réseau scolaire comme un autre indicateur d’échec des sommes investies. Encore une fois, il est important de faire les précisions méthodologiques qui s’imposent, selon la CSQ. Plusieurs nouveaux emplois créés dans les dernières années sont des postes temporaires et à temps partiel d’aides à la classe, pour lesquels il est normal de voir un taux de roulement supérieur aux postes techniques et professionnels permanents.

Le taux de roulement des membres de la CSQ est toujours trop élevé et témoigne de conditions de travail difficiles à maintenir dans la durée. Cependant, conclure que les ressources supplémentaires dans le réseau n’ont pas de répercussions sur la base de ces données risque simplement de justifier de nouvelles coupes qui aggraveront davantage la situation.

Au-delà de la logique comptable

Selon la CSQ, le rapport de l’Institut, intitulé Le gouvernement a-t-il réussi son pari?, réduit l’analyse a une logique strictement comptable et fait abstraction de la réalité humaine du réseau scolaire. Investir en éducation demeure essentiel, mais les investissements doivent être suffisants, récurrents et ciblés afin de soutenir concrètement les élèves, et celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.

Ce n’est pas le principe d’investir qui est remis en question, mais bien la capacité des choix budgétaires actuels à répondre pleinement aux besoins du milieu scolaire.

D’ailleurs, la CSQ, de concert avec les différents acteurs du réseau scolaire rassemblés sous la Coalition des partenaires de l’éducation, réclame plus de prévisibilité budgétaire, notamment pour éviter de fragiliser le réseau et pour éviter que le budget de l’éducation soit soumis aux aléas des programmes politiques.