Que cela lui plaise ou non, le premier ministre François Legault doit ordonner rapidement la tenue d’une enquête publique indépendante sur la gestion gouvernementale de la pandémie au Québec.

En effet, les révélations des dernières semaines (rapport de la protectrice du citoyen, faits troublants révélés par l’enquête de la coroner en chef du Québec, dont la disparition d’importants rapports d’inspections effectuées par les établissements après la découverte du drame au CHSLD Herron) démontrent l’urgence de faire la lumière sur la situation, notamment en ce qui concerne la gestion des établissements de soins de longue durée.

Éviter d’autres drames

C’est dans cet esprit que nous réclamons, comme d’autres l’ont déjà fait, la tenue d’une réelle enquête publique afin de comprendre ce qui s’est vraiment passé. De graves erreurs de gouvernance et de gestion ont été, de toute évidence, commises avant et durant la crise sanitaire, qui expliquent l’incapacité de notre système de santé à faire face à la situation. Nous devons apprendre de nos erreurs pour éviter que les drames que nous avons vécus ne se reproduisent. Agir plus adéquatement pour assurer la sécurité des citoyennes et citoyens est l’une des responsabilités fondamentales de l’État, et, à ce titre, nous voulons connaître les lacunes que le gouvernement doit rapidement corriger dans sa gouvernance.

Une centralisation encore plus menaçante

Cette question est d’autant plus importante que Québec s’apprête à transformer radicalement la gestion du réseau de la santé et des services sociaux, comme l’a annoncé récemment le ministre Dubé en point de presse. Il souhaite y parvenir en facilitant l’accès aux nombreuses bases de données, tel qu’en fait foi le projet de loi no 19 déposé le 3 décembre dernier. Précisons que le ministre souhaite obtenir toute l’information de gestion nécessaire lui permettant d’assurer la coordination nationale et interrégionale du réseau de la santé et des services sociaux. Cette volonté est clairement exprimée dans un projet de règlement publié le 29 septembre dernier.

Nous avons déjà indiqué que nous sommes d’avis que la crise sanitaire a démontré l’importance d’avoir des données pertinentes pour contrôler efficacement la propagation d’un virus. Mais nous avons aussi exprimé des réserves, estimant qu’il devait y avoir des balises et que de verser dans la gouvernance et la gestion centralisées à outrance était une erreur. Aujourd’hui, nous questionnons les orientations de gestion qui se dessinent. Est-ce que la collecte croissante de données, écrasées dans d’immenses et complexes systèmes informatiques, nous permettrait d’agir plus adéquatement? Plutôt que de vouloir recueillir toujours davantage d’informations pour faciliter la prise de décisions lors d’une situation de crise, ne vaudrait-il pas mieux remettre la prévention et le principe de précaution au cœur de nos décisions en matière de gestion des risques?

Décentraliser et rendre justice aux aînés

Nous le savons : les problèmes étaient connus depuis longtemps. La COVID-19 a fait céder les maillons de notre système public de santé, affaibli par le sous-investissement au cours des dernières années, particulièrement les CHSLD, qui ont été politiquement très négligés depuis plusieurs décennies. Les futures maisons des aînés ne sont pas la solution.

Plutôt que de centraliser davantage la prise de décisions, le gouvernement doit rétablir localement, et pour chacune des installations de notre réseau, des plans d’action de santé publique. Ceux-ci devraient être élaborés, mis en œuvre, évalués et mis à jour régulièrement par les parties concernées, dont les travailleuses et les travailleurs qui connaissent très bien les problèmes, les besoins et les défis de leurs propres milieux. Rappelons que l’élaboration de tels plans était prévue dans la Loi sur la santé publique, mais que cette obligation a été abolie par la réforme Barrette.

Corriger l’erreur des libéraux

Nous demandons au gouvernement de réparer l’erreur des libéraux et de redonner aux communautés et aux milieux de soins les leviers décisionnels et les ressources qui leur permettront d’assurer leur sécurité. Car la planification de proximité et la rapidité d’action seront nos meilleures protections lors des prochaines crises sanitaires.

Nous pensons particulièrement à nos aînés, qui sont les principales victimes de cette gouvernance erratique et improvisée de l’État. Nos parents et grands-parents souffrent depuis des années de la négligence gouvernementale à leur égard, et il faut leur rendre justice en ordonnant une enquête publique.

À cette fin, il faut notamment retrouver, préserver et rendre public l’ensemble des rapports d’inspection pour donner suite aux visites menées dans les résidences pour aînés et les CHSLD. L’actuel manque de transparence a mené à des milliers de morts. Cette situation doit cesser.

Nous l’avons vu au cours de cette crise sanitaire : notre sécurité, contrairement à ce que s’apprête à faire le ministre Dubé, ne peut plus dépendre de gros systèmes inhumains ingouvernables, particulièrement en situation de crise.

Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Lise Lapointe, présidente de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ)
Isabelle Dumaine, présidente de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ)