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Droit au but avec Éric Gingras : La CSQ et la campagne électorale

3 août 2026

N.D.L.R. À quelques jours de la rentrée, l’équipe estivale des communications de la CSQ a rencontré le président Éric Gingras pour faire le point sur les dossiers chauds de la prochaine année. Au cours de cette longue entrevue de plus d’une heure, plusieurs dossiers ont été abordés, parmi lesquels figurent la campagne électorale au Québec, les attentes envers le prochain gouvernement, les défis à venir pour la CSQ et ses membres, les négociations dans le secteur public, ainsi que la situation dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la petite enfance et du communautaire. Quatre textes seront publiés à la suite de cet entretien. À lire les 3, 4, 6 et 7 août. Bonne lecture!

Propos recueillis par Alyssa Landry et Léanne Fiset-Gingras

MaCSQ : De quelle façon la CSQ va-t-elle intervenir en matière de politique durant la campagne?

Éric Gingras (E. G.) : Il faut savoir que la CSQ ne fait pas de politique partisane. Toutefois, nous allons profiter de la campagne électorale pour faire connaître nos préoccupations et des enjeux auxquels nos membres sont confrontés à tous les chefs des partis politiques ainsi qu’à leurs candidats. De plus, nous allons demander aux cheffes et chefs de se prononcer sur ces enjeux, de nous faire part de leurs positions. Nous allons communiquer leurs réponses à nos membres et nous les inviterons à voter en conséquence, sans leur dire spécifiquement pour qui voter. Bien évidemment, ce choix leur appartient.

MaCSQ : Plutôt que de faire de la partisanerie politique, la CSQ devrait-elle faire de l’éducation politique auprès de ses membres?

E. G. : Oui et nous en faisons durant toute l’année, pas seulement en campagne électorale. Nous le faisons lorsqu’il est nécessaire d’expliquer à nos membres les différents enjeux qui les concernent relativement aux projets de loi que les gouvernements envisagent d’adopter. C’est notre devoir de les informer lorsque ces politiques risquent d’avoir une influence sur leur vie, tant au plan professionnel que personnel.

MaCSQ : Quelles sont les attentes et les revendications de la CSQ envers le prochain gouvernement?

E. G. : Nous avons cinq grands thèmes de revendications. Tout d’abord, nous demandons le refinancement des services publics à la hauteur des besoins réels, tant en éducation qu’en santé. En éducation, nous voulons savoir ce que le prochain gouvernement fera pour contrer la violence à l’école et limiter le nombre d’élèves par classe. Nous avons également un problème de violence dans l’ensemble de la société et nous nous attendons à des propositions pour y mettre fin. Côté santé, le gouvernement doit nous décrire son plan pour mettre un terme à la privatisation de notre système public avec Santé Québec. Autre point, nous souhaitons que s’établisse un véritable dialogue social entre le gouvernement et les organisations syndicales pour que nous soyons consultés et que nous échangions sur les solutions aux problèmes qui nous concernent toutes et tous. Finalement, il nous apparaît plus urgent que jamais qu’ait lieu une grande réflexion en éducation au Québec avec tous les partenaires concernés et c’est à la mise sur pied de ce grand chantier qu’œuvre la CSQ depuis plusieurs mois.

MaCSQ : À titre de président de la CSQ, tu as déjà eu l’occasion de rencontrer les cheffes et chefs des partis politiques. Que retiens-tu de ces échanges?

E. G. : Essentiellement, les échanges ont été intéressants. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous avons fait preuve d’écoute de part et d’autre. J’espère d’ailleurs que nous réussirons à maintenir ces canaux de communication ouverts, même après la campagne électorale. C’est important de pouvoir se parler, peu importe nos positions. En fait, de pouvoir les rencontrer en tant que centrale syndicale confirme que nous avons un pouvoir d’influence comme organisation qui représente des travailleuses et travailleurs, particulièrement à l’aube d’une campagne électorale.

MaCSQ : La CSQ va-t-elle faire un bilan de ces rencontres avec ses membres?

E. G. : Un premier bilan a déjà été présenté en conseil général et dans un texte publié sur le site maCSQ. Des capsules d’information seront également produites avec les dirigeantes et les dirigeants et de chacun des partis. La forme finale reste à déterminer.

MaCSQ : Quel est le message principal que vous avez livré aux cheffes et chefs des partis en tant que président de la CSQ?

E. G. : J’ai réitéré nos principales revendications, comme je l’ai mentionné précédemment. De plus, j’ai soulevé notre profond désaccord avec les lois antisyndicales adoptées par l’actuel gouvernement. J’ai rappelé notre position à savoir que oui, nous sommes d’accord pour ce qui est de la transparence syndicale, mais nous disons un non ferme à l’ingérence du gouvernement dans la vie syndicale, qui ne regarde que nos membres.

MaCSQ : Y a-t-il un parti politique avec lequel il serait plus facile de négocier?

E. G. : Peu importe qui sera devant nous au lendemain de l’élection, soyez assurés que nous allons effectuer notre travail comme il se doit. Mais je souhaite l’arrivée d’un gouvernement ouvert au dialogue social et qui prendra cela au sérieux.

MaCSQ : Est-ce que l’arrivée d’une nouvelle cheffe à la tête de la CAQ a suffi pour faire oublier les lois antisyndicales de ce gouvernement?

E. G. : Il va falloir plus qu’un simple changement de chef. Le problème est beaucoup plus profond. Les gestes antisyndicaux posés sont très sérieux et sont l’œuvre de l’ensemble des membres de ce gouvernement. Un chef est parti, mais le ministre du Travail est encore là, de même que les autres membres du gouvernement qui ont été complices. J’ai rencontré la première ministre Christine Fréchette et j’ai décelé une certaine ouverture, mais il va falloir des actions beaucoup plus significatives pour faire oublier le mal qui a été fait.

MaCSQ : Est-ce que la CAQ a refait son image?

E. G. : Le premier ministre Legault avait fait le pari de diriger en misant sur la division de la population et en dénigrant notamment les syndicats et les immigrants. Il a perdu ce pari. Même chose pour Bernard Drainville, qui a tenté de se faire élire à la chefferie du parti en tenant le même genre de discours. L’actuelle cheffe tente de réorienter le discours de la CAQ, de refaire son image, mais j’ai hâte de voir la suite.