En réponse aux parents de la petite Anaïs, qui déploraient dans le Journal de Québec avoir dû défrayer les coûts des services privés d’orthophonie pour leur fille fréquentant la maternelle 4 ans, le ministre Roberge qualifie avec justesse la situation d’inacceptable. Je suis en revanche estomaqué de constater que le ministre croit qu’il s’agit d’un cas isolé.

Des petites Anaïs, qui n’ont pas accès aux services professionnels auxquels elles devraient avoir droit dans le réseau scolaire public, il y en a des milliers, en maternelle 4 ans comme à tous les niveaux. Trop de parents doivent recourir au privé pour obtenir des services en psychologie, en orthophonie, en orthopédagogie, en psychoéducation, en orientation, etc. Pourtant, les services offerts au privé s’arriment mal à la réalité scolaire. Loin du milieu de vie de l’élève, ils ne permettent pas la collaboration au quotidien avec les acteurs de l’école.

Et ce ne sont pas tous les parents qui, comme ceux d’Anaïs, ont les moyens de se tourner vers le privé ou, encore, qui ont le courage et la capacité de dénoncer la situation. Pour ces élèves-là, les services ne seront jamais rendus.

Non, Monsieur Roberge, rembourser les frais encourus au privé par une seule famille ne réglera pas d’un coup de baguette magique les problèmes chroniques de manque de services dans les écoles et d’attraction et de rétention du personnel professionnel, l’iniquité d’accès et la confusion qui règne dans le modèle de financement et d’organisation des services pour les élèves ayant des besoins particuliers.

Non, Monsieur Roberge, dans l’état actuel du réseau, il ne suffit plus d’ouvrir des postes professionnels pour voir débarquer « la cavalerie », comme vous l’aviez si bien annoncé il y a deux ans.

En ce moment même, dans toutes les régions, au Québec, il y a plus de 500 postes de professionnels scolaires vacants, dont près d’une centaine en orthophonie. Nous constatons avec stupeur et inquiétude une situation semblable en psychologie et en psychoéducation. C’est énorme, surtout quand on pense que chaque professionnelle ou professionnel peut desservir entre 1000 et 2000 élèves.

À bout de souffle

Pourquoi « la cavalerie » déserte-t-elle le réseau scolaire?

Nous venons tout juste de rencontrer, en septembre, des milliers de professionnelles et de professionnels de partout au Québec dans le cadre d’assemblées syndicales pour présenter l’offre du gouvernement pour le renouvellement de la convention collective.

Malgré les avancées, nos membres sont résignés, sachant que le gouvernement a refusé de faire de leurs services une priorité. Pourtant, la santé, le bien-être et la réussite des élèves devraient être en haut de sa liste.

Devant ce manque de reconnaissance, plusieurs s’épuisent à force de fonctionner à effectifs réduits et de constater un manque de moyens. Plusieurs pensent à quitter le bateau (près de 35 %, selon un sondage réalisé en 2021), surtout chez les plus jeunes, que l’on n’arrive plus à attirer.

Des solutions

Reconnaissance de l’expertise et de l’autonomie des professionnels, travail complémentaire en équipes multidisciplinaires, cessation du financement des services « à la cote » pour se centrer sur les besoins des élèves, seuils minimaux de services professionnels, véritable réforme de l’organisation du travail et des services : les solutions existent.

Nous voyons d’ailleurs des pistes intéressantes dans certains projets du ministère; encore faudra-t-il avoir l’ambition de les mener à terme.

Je sais, Monsieur le Ministre, que vous et votre parti êtes des hommes et des femmes d’engagement. Je vous demande aujourd’hui, pour le bien-être des élèves jeunes et adultes, de mettre en place de véritables moyens pour que vos promesses électorales d’augmenter les services aux élèves cessent d’être des vœux pieux et se matérialisent enfin.

Par Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ)