Si vous avez suivi les actualités internationales ces dernières semaines, vous avez sûrement remarqué ces pancartes affichant : « Dégage ! », que les manifestants brandissaient en Tunisie ou en Égypte pour réclamer le départ de leurs dirigeants. Ce « mot-projectile » qu’est le verbe dégage n’exprimait-il pas clairement l’opinion des gens de la rue ?

Comme Alain Rey, ce grand spécialiste de la langue française, l’expliquait, le terme dégage « renvoie [au Moyen Âge] à de l’argent donné en échange de quelque chose [gage, caution] qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir », poursuit-il. « L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus […]. "Dégage !" c’est familier, mais ce n’est pas méchant. »

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