Action féministe, International
Éducation : majoritaires partout, les femmes font les frais des différents maux qui affectent nos réseaux
15 octobre 2026
Ce n’est pas qu’au Québec que les femmes composent la large majorité du personnel en éducation. Partout dans le monde, que ce soit en petite enfance, en enseignement supérieur ou en milieu scolaire, elles continuent de se heurter à plusieurs obstacles systémiques qui rendent leur travail moins valorisé, moins égalitaire, et souvent plus dangereux pour leur santé physique et psychologique. Et parmi ces travailleuses, certains groupes sont encore davantage exposés aux injustices, aux discriminations et aux violences. C’est le triste constat posé par plus de 300 syndicalistes issues de 57 pays, réunies en septembre dernier à Bahia, au Brésil. Dans une déclaration finale commune, elles demandent notamment aux gouvernements d’accroître le financement des réseaux de l’éducation, d’assurer une réelle équité salariale, de protéger les personnels de l’éducation contre toutes les formes de violence et de harcèlement, et de s’attarder aux enjeux touchant la santé des femmes.
Ces discussions au cœur de la cinquième Conférence mondiale des femmes de l’Internationale de l’Éducation (IE), à laquelle a pris part une délégation de la CSQ, ont été richement nourries par différentes conférencières et panélistes, qui ont tour à tour mis en lumière différentes facettes des inégalités criantes au sein des réseaux d’éducation. En trame de fond des échanges entre ces centaines de syndicalistes se trouvaient les mesures d’austérité et les politiques sexistes qui accompagnent, à l’heure actuelle, la montée des gouvernements de droite dans les différentes régions du monde et menacent des décennies de progrès. Une conjoncture politique qui fragilise encore davantage les droits des femmes, mais également le droit des filles et des garçons à une éducation gratuite, égalitaire, sécuritaire et non stéréotypée. C’est ainsi que, dans la plupart des syndicats de l’éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, les femmes de partout luttent non seulement pour leurs droits, mais également pour le droit à l’éducation.
Une école sous pression par manque de ressources humaines
De nombreuses participantes à la Conférence, représentant des enseignantes et du personnel de soutien à l’éducation[1], ont brossé le portrait de professions fragilisées par de bas salaires, de mauvaises conditions de travail, une charge de travail excessive et un fort niveau de stress émotionnel. Ces difficultés aggravent la pénurie mondiale des personnels des écoles et établissements d’enseignement et menacent le droit à l’éducation.
« Pour les représentantes syndicales de la délégation de la CSQ, c’était assez saisissant de constater à quel point, malgré des contextes politiques et socioéconomiques très variés, nos enjeux en éducation, nos luttes comme travailleuses de l’éducation, comme syndicalistes et comme féministes, étaient largement les mêmes partout dans le monde. »
— Nadine Bédard-St-Pierre, responsable politique du dossier de l’action féministe à la CSQ.

Une attention toute particulière a été accordée aux besoins de financement et de reconnaissance professionnelle des éducatrices en petite enfance, secteur le plus féminisé de tous en éducation, où les conditions salariales et de travail demeurent parmi les moins enviables.
Une convention internationale encore largement ignorée
À ces conditions d’exercice difficiles s’ajoutent les enjeux, encore très présents dans nos milieux de travail, de violence et de harcèlement, y compris fondés sur le genre. La Conférence fut donc aussi l’occasion d’exhorter les différents gouvernements nationaux à ratifier et à faire respecter les termes de l’importante convention 190 (C190) de l’Organisation internationale du travail (OIT), entrée en vigueur en 2021. La C190, un levier législatif majeur pour les droits des travailleuses et des travailleurs, est « le premier traité international à reconnaître le droit de chacun à un monde du travail exempt de violence et de harcèlement, y compris de violence et de harcèlement fondés sur le sexe[2] ». Malheureusement, les déléguées présentes à Bahia ont non seulement pu constater que seuls 56 pays ont ratifié cette convention à ce jour, mais également qu’un grand nombre d’entre eux n’ont toujours pas déployé les mesures nécessaires pour faire cesser les violences et les différentes formes de harcèlement dans nos milieux de travail.
De la santé des femmes à la santé démocratique
La Conférence fut également l’occasion d’aborder d’autres préoccupations touchant le droit du travail dans une perspective de genre : celle de la santé mentale et physique des femmes, notamment hormonale et reproductive. Les syndicalistes des 57 pays réunies demandent que les politiques en matière de santé au travail prennent désormais en compte ces questions.
Dans une tout autre perspective, mais qui interpelle aussi la santé, la sécurité et le bien-être des femmes à travers le monde, les quelque trois cents participantes se sont attardées sur les effets délétères sur l’éducation des guerres, de la crise climatique et de la montée des régimes antidémocratiques. Des témoignages qui démontrent sans équivoque le fait que la paix, la démocratie et le développement durable constituent le terreau fertile d’un syndicalisme de l’éducation fort et d’un enseignement public de qualité.
Exercer un leadership syndical au féminin
Une conférence réunissant des syndicalistes de l’éducation qui se penchent sur les enjeux de justice de genre ne peut manquer de nous pousser à nous interroger sur l’état de la représentation des femmes au sein de nos propres structures. Hélas, le constat est assez clair : si les femmes sont mondialement largement plus nombreuses que leurs confrères masculins à occuper un emploi en éducation, la tendance s’inverse lorsqu’il est question de représentation dans les structures syndicales. Dans ce contexte, la Conférence avait aussi pour objectif d’en appeler au renforcement du leadership syndical au féminin. Si les femmes souhaitent que les enjeux de justice de genre soient résolument pris en compte dans les lois, les politiques et les mesures des gouvernements, des écoles et des établissements d’enseignement, encore faut-il qu’elles se trouvent représentées, dans toute leur diversité, au sein des différents niveaux des organisations syndicales. Des syndicats forts, démocratiques et légitimes sont des syndicats où le pouvoir est partagé, ont-elles été plusieurs à affirmer.
La délégation de la CSQ, consciente de l’historique de son organisation, de ses pratiques et de son programme d’accès à l’égalité syndicale (PAES) visant à favoriser une meilleure représentativité des femmes dans les structures de la Centrale, a fait valoir que l’égalité doit commencer dans nos propres organisations syndicales et que les conditions de travail en éducation sont une question, à bien des égards, féministe. De la même façon qu’elle a plaidé, à différents moments de la rencontre internationale, que la lutte contre les violences doit entrer dans l’action syndicale quotidienne, et que les droits des femmes dépendent aussi de services publics forts et adéquatement financés.
Pour la responsable politique du dossier de l’action féministe à la CSQ, Nadine Bédard-St-Pierre, il n’y a pas de doute : « À la lumière de toutes informations reçues et des expériences partagées au cours de cette conférence internationale, il m’apparait encore plus clairement qu’il faut continuer à accroître le pouvoir syndical en favorisant la participation et la représentation des femmes dans toute leur diversité, à tous les niveaux des organisations, de la même façon qu’il faut mettre en place, là où ils sont encore inexistants, des programmes de mentorat et de renforcement des capacités. »
Des femmes debout et unies pour la justice de genre!
À l’issue de cette importante rencontre internationale, les quelque trois cents participantes ont adopté la Déclaration de Bahia : debout et unies pour la justice de genre, et elles se sont engagées à la faire connaître et à porter ses différentes revendications afin de poursuivre cette quête d’une réelle égalité de genre.
« Nous sommes fières d’avoir pu contribuer à la Déclaration de Bahia et d’avoir discuté des nombreux reculs des droits syndicaux des femmes de l’éducation et de la justice de genre. Nous sommes plus que jamais solidaires avec les nombreuses femmes victimes des conflits et des gouvernements antidémocratiques à travers le monde, et réclamons que cela cesse », ont conclu les représentantes de fédérations de l’éducation, de la petite enfance et de l’enseignement supérieur de la CSQ.
[1] https://www.ilo.org/fr/themes-et-secteurs/violence-et-harcelement-dans-le-monde-du-travail
[2] https://www.ilo.org/fr/themes-et-secteurs/violence-et-harcelement-dans-le-monde-du-travail