Diversité

Les droits LGBTQ+ : un silence inquiétant

14 octobre 2026

Pendant que les enjeux LGBTQ+ étaient instrumentalisés dans plusieurs campagnes électorales à travers le monde, souvent pour des raisons inquiétantes, le sujet est resté presque absent des enjeux électoraux québécois. Ce silence doit-il être lu comme un désintéressement? Maintenant que le vote est passé, le Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre (CDSIG) de la CSQ rappelle au nouveau gouvernement du Parti québécois les engagements qu’il reste à prendre.

Par Félix Beauchemin, conseiller CSQ, en collaboration avec le comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre de la CSQ

Un enjeu instrumentalisé ailleurs dans le monde

Partout dans le monde, les enjeux LGBTQ+ se sont invités dans les campagnes électorales, parfois par le biais de désinformation, d’antagonisation ou de discours pathologisants. Certains partis de droite, voire d’extrême droite, ont fait des personnes LGBTQ+ des cibles politiques, ce qui a aussi eu pour effet de détourner l’attention des enjeux comme le coût de la vie, le pouvoir des grandes fortunes et l’érosion démocratique grandissante.

Lors des élections étatsuniennes de 2024, des stratèges conservateurs ont très clairement ciblé « l’enjeu trans » comme une des principales raisons ayant mené à l’élection de Trump. Selon Terry Schilling, président du groupe conservateur American Principles Project, la diffusion massive de publicités anti-trans a « rallié le plus grand nombre d’électeurs indécis à sa cause ». Ces personnes ont déclaré que « leur principale préoccupation était que Kamala [Harris] accordait plus d’importance aux questions liées aux personnes transgenres qu’à des gens comme eux ». Ce constat interpelle, d’autant que ces politiques d’inclusion ont peu de répercussions sur la population cisgenre et hétérosexuelle.

Un silence à double tranchant

Au Québec, les enjeux LGBTQ+ sont demeurés largement absents du discours électoral durant la dernière campagne. Ce silence peut autant être perçu comme un répit que comme un désengagement.

D’une part, la dignité des personnes queers n’a pas été instrumentalisée à des fins de profit politique, ce qui a permis d’éviter que ne s’enclenchent des « débats d’opinions » parfois violents pour les personnes concernées.

Les « LGBTQphobies » demeurent toutefois un enjeu réel et urgent. Dans les dernières années, de plus en plus d’organisations ont dénoncé la montée de la haine transphobe et homophobe dans nos milieux scolaires. Les signes de détresse psychologique de la communauté LGBTQ+ se multiplient, et des droits sociaux considérés comme acquis s’effritent brusquement. Plusieurs organisations réclament donc des engagements concrets et durables envers les communautés LGBTQ+.

Des prises de positions, qui ont marqué la précampagne

Les prises de positions des principaux partis politiques avant la campagne électorale avaient pourtant suscité des inquiétudes. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) a multiplié ses demandes visant à limiter l’accès aux traitements hormonaux pour les jeunes et a dénoncé à plusieurs reprises de présumées « dérives » de « l’idéologie de genre » dans les écoles. Le Parti Québécois (PQ), quant à lui, souhaite prioriser le « sexe biologique » lors de décomptes statistiques, lois et programmes, excluant, à titre d’exemple, les femmes trans de la définition « officielle » d’une femme. Ce même parti s’est également prononcé en faveur d’espaces (toilettes, vestiaires, entre autres) séparés par sexe biologique, tout en désirant reformer le programme d’éducation à la sexualité afin qu’ils reposent sur « la science et la biologie ». Un discours volontairement vague, et assurément inquiétant.

La CAQ a, pour sa part, mis en place plusieurs mesures dénoncées par des organisations LGBTQ+ comme transphobes, dont l’usage du « monsieur/madame » dans les classes, l’interdiction des toilettes non genrées et la création du « comité des sages ».

En l’absence de prises de positions claires ou d’engagements précis sur ces enjeux pendant la campagne électorale, le Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre (CDSIG) de la CSQ demeure particulièrement préoccupé par l’avenir des personnes de la diversité sexuelle et de genre, qui pourraient être confrontées à d’importants reculs en matière de droits.

Les attentes du CDSIG envers le gouvernement élu

Maintenant que le résultat des élections est connu, voici les engagements que le gouvernement en place est invité à prendre, en dialogue avec les communautés concernées :

  • prendre des décisions basées sur la science et l’écoute des personnes concernées, et non sur des opinions et croyances personnelles ou populistes;
  • protéger les minorités plutôt que les voir comme des menaces;
  • faire preuve de prudence face aux discours politiques qui invoquent la « biologie » ou un supposé « ordre naturel » pour légitimer des politiques qui concernent les normes sexuelles ou de genre. Les connaissances scientifiques actuelles démontrent plutôt une fluidité des caractéristiques biologiques humaines, s’éloignant des lectures simplistes et binaires du genre et du sexe.
  • mettre en place des politiques fondées sur l’acceptation et la bienveillance face à la diversité, et non sur sa simple tolérance;
  • toujours prioriser l’intérêt et le bien-être des élèves et des jeunes avant d’adopter des politiques scolaires susceptibles de nuire à leur émancipation et à leur dignité.

Lors de la campagne électorale, le Parti québécois a « fermement » promis de « s’opposer à tout recul des droits LGBTQ+ ». À la lumière des discours ambiants, nous resterons sur nos gardes, pour s’assurer que cette promesse reste bel et bien une promesse.