Société
LETTRE | Un modèle d’habitation à la hauteur du Québec, au bénéfice de toute la population
23 septembre 2026
Face à la crise du logement, le Québec doit changer de modèle et accroître durablement son parc de logements à but non lucratif. Dans une lettre ouverte publiée le 22 septembre dernier dans le Journal de Montréal, le vice-président de la CSQ, Pascal Côté, et plusieurs acteurs du milieu de l’habitation demandent notamment au prochain gouvernement une première politique nationale de l’habitation. MaCSQ republie cette lettre pour contribuer à remettre le logement au cœur des discussions.
Certains des engagements les plus importants d’une campagne électorale se prennent loin des autobus des chefs — et méritent tout autant d’attention que les grands débats télévisés. Le 3 septembre dernier, devant près de 300 personnes réunies à la Grande Bibliothèque, quatre partis – CAQ, PLQ, PQ et QS – ont répondu à l’appel des coopératives, des OBNL, des entreprises d’économie sociale, des offices d’habitation, des entrepreneurs et des constructeurs. Pour la première fois à l’échelle du Québec, quatre partis se sont engagés à viser 20 % de logements à but non lucratif d’ici 2050.
Nous saluons le consensus des partis autour de la cible du 20 %, un engagement structurant pour rétablir l’abordabilité des logements et répondre ainsi à la priorité numéro un des Québécoises et des Québécois. Cette adhésion commune devra maintenant franchir un palier supplémentaire : se traduire par une première Politique nationale de l’habitation. Le prochain gouvernement a l’occasion de faire plus que gérer l’urgence — il peut doter le Québec d’une infrastructure durable qui préviendra les crises de demain.
Comment atteindre 20 %?
Le 20 % couvre tout le continuum de l’habitation, du logement social à la propriété collective. Il ne repose pas sur un modèle unique, mais sur des façons différentes d’organiser la propriété et la gestion du logement : la coopérative, qui met le pouvoir de décision entre les mains des membres locataires ; l’OBNL en habitation, ancré dans sa communauté ; l’office d’habitation, garant du filet social public. Quel que soit le modèle retenu, ces logements demeurent hors du marché traditionnel de façon permanente. C’est cet écosystème, avec ses modèles, ses réseaux et ses ancrages territoriaux, qui permettra au Québec d’atteindre le 20 % – si on lui donne des leviers pour y arriver.
Reconnaître les modèles collectifs et renforcer leur capacité d’action, passer à une approche portefeuille plutôt que projet par projet afin de gagner en agilité et en capacité de planification : ce chantier est réalisable à l’intérieur d’un mandat. Développer des outils financiers permettant de construire, d’acquérir et de préserver le parc existant, soutenir la consolidation des organisations et mettre les actifs publics existants au service du logement à but non lucratif, notamment à partir de terrains et immeubles excédentaires : ces chantiers le sont tout autant.
Nous sommes prêts à travailler avec le prochain gouvernement pour les mettre en œuvre rapidement.
Un actif rentable, pour tous
Un parc de logements à but non lucratif plus important stabilise le marché, allège la pression sur les locataires, alimente l’industrie de la construction et stimule l’innovation,
à condition que coûts et réglementation suivent la cadence. Qu’est-ce que ça représente pour l’économie québécoise ? Selon une étude de l’AGRTQ publiée en 2025, c’est 2,4 G$ d’activité économique, 26 588 emplois soutenus, 354,9 M$ d’économies sociales annuelles (dont 268 M$ liés à la prévention de l’itinérance) et 162,1 M$ de gains nets pour les finances publiques.
Une infrastructure sociale à bâtir
Voyons la cible du 20 % comme un appel à l’ambition collective qui nous distingue. Face aux défis d’autres époques, le Québec a déjà su faire preuve de grandeur – il est temps de bâtir, avec la même ambition, un modèle québécois de l’habitation à but non lucratif. Pour tourner le dos, une fois pour toutes, aux loyers trop chers et aux familles à la rue. Pour ouvrir un nouveau chapitre. Pour que tout le monde puisse avoir un endroit où se loger.
Les cosignataires de la lettre :
Marie Depelteau-Paquette, directrice générale de l’Alliance des corporations d’habitations abordables du Québec (ACHAT), Antonio Ciarciaglino, directeur général du Regroupement des offices d’habitation du Québec (ROHQ), Pascal Coté, vice-président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Nancy Croussette, directrice générale du Réseau québécois des OSBL d’habitation (RQOH), Laurent Levesque, président-directeur général d’UTILE, Louis-Philippe Myre, directeur général d’Interloge, Martin-Pierre Nombré, directeur du développement stratégique, de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, David Paradis, codirecteur général de Vivre en Ville, Patrick Préville, directeur général de la Fédération de l’habitation coopérative du Québec (FHCQ),Tommy Théberge, directeur général de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), Sandra Turgeon, directrice générale de la Confédération québécoise des coopératives d’habitation (CQCH)