Éducation

LETTRE | États généraux en éducation: À propos du «kidnapping» syndical

17 septembre 2026

Dans une chronique publiée le 13 septembre dernier dans le Journal de Montréal, Mario Dumont mettait en garde contre la tenue d’états généraux sur l’éducation, craignant qu’une telle consultation soit « kidnappée par quelques groupes de pression ». Le président de la CSQ, Éric Gingras, lui répond dans cette lettre ouverte en défendant la nécessité d’un vaste exercice collectif pour établir une vision d’avenir de l’éducation au Québec.

Dimanche dernier, le chroniqueur Mario Dumont écrivait dans ces pages que la pire chose qui soit arrivée au réseau d’éducation depuis le début des années 1960, ce sont les États généraux de 1995-1996. Disons que c’est fort de café! J’en connais plusieurs qui ont d’ailleurs craché le leur en faisant leur lecture dominicale.

La recette est classique, il suffit de cibler un coupable et de s’en prendre à sa légitimité. Je vous le donne en mille : les syndicats. L’auteur s’indigne que des groupes de pression se soient organisés pour participer aux états généraux de l’époque. À lire M. Dumont, la CEQ (maintenant la CSQ), serait sortie grande gagnante du processus. Nous ne partageons pas la même vision de ce segment d’histoire.

Sur le principe des états généraux

La CSQ réclame depuis plusieurs mois une grande réflexion collective en éducation et nous nous sommes réjouis que trois partis politiques aient pris un engagement à cet égard pendant l’actuelle campagne électorale.

Maintenant, des états généraux, une fois annoncés, ça se prépare. Que des groupes et acteurs du réseau y participent activement en faisant valoir leurs idées, c’est tout le point de ce processus démocratique. Et oui, à la CSQ, nous arriverons préparés, avec une plateforme de propositions adoptées par les membres que nous représentons. Ils sont plus de 135 000 en éducation, de la petite enfance à l’enseignement supérieur, en passant par tout le réseau scolaire, dans toutes les catégories d’emplois et de partout au Québec.

Nous nous attendons à ce que les autres arrivent tout aussi préparés, les parents, les employeurs, le gouvernement, les spécialistes, etc. C’est là que réside toute la richesse d’un tel forum, le choc des idées. Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses, mais nous amènerons effectivement de l’eau au moulin. Quoi de plus légitime : les travailleuses et les travailleurs que nous représentons œuvrent dans le réseau au quotidien, ils en connaissent toutes les craques et les fissures, toutes les beautés aussi. Ils vivent les défis, apprivoisent les transformations et anticipent ce qui s’en vient.

Des états généraux, c’est un forum pour faire le point, brasser toutes les cartes et, surtout, élaborer un plan qui fasse consensus pour les quelque vingt années à venir. Nous maintenons l’argument selon lequel la société québécoise a considérablement changé depuis 30 ans et que c’est assurément le temps de se questionner sur ce qu’on veut pour nos écoles. Affirmer que l’éducation est une priorité nationale sans prendre ce temps d’arrêt, c’est tout simplement une farce. 

Sur la responsabilité des décisions politiques

Mais un des éléments du coup de gueule de Monsieur Dumont qui fait le plus sourciller, c’est que, selon la lecture, les États généraux de 1995-1996 n’auraient non seulement rien donné de bon, mais ils nous auraient conduits tout droit dans le mur. Attention! C’est faire abstraction de certains éléments de conjoncture fort importants.

D’abord, c’est comme si les décisions politiques subséquentes n’avaient eu aucun impact. Voyons donc! La compréhension des choses, la sélection des éléments mis en œuvre et la façon dont c’est fait sont le résultat de choix politiques assez lourds de conséquences. Entre ce qui a été discuté, consigné et ciblé, et ce qui aura été finalement mis en pratique, il y a un univers. Demandez à celles et à ceux qui y étaient!

En d’autres mots, le gouvernement de l’époque a fait des choix politiques en matière d’éducation qui ont profondément déterminé la suite pour notre réseau. Comment est-il possible de faire complètement abstraction des années du retour au déficit zéro de Lucien Bouchard? Comme si les compressions récurrentes, les coupures et les départs à la retraite n’avaient pas mis à mal le réseau. Évidemment, cela ne devait pas affecter les services aux élèves, disait-on…

Sur la réforme pédagogique

Et finalement, sur la question de la réforme pédagogique, si, de toute évidence, Mario Dumont estime que la réforme a pourri le réseau, nous lui répondrons qu’elle n’a pas été implantée selon les paramètres qu’elle requérait et qu’il y a eu des glissements entre la compréhension des choses et la mise en œuvre. Il ne s’agit pas de défendre la réforme, loin de là, mais de pointer le fait que ce ne sont pas les États généraux de 1995-1996 qui en sont responsables, mais les choix politiques du gouvernement de l’époque, et surtout, du ministre de l’Éducation qui en a permis l’implantation, François Legault.

Alors, Monsieur Dumont, la question que je me pose, c’est : vous proposez quoi?

Quand les différents acteurs du milieu s’entendent pour dire que l’heure est à s’asseoir tous ensemble pour prendre les choses en main, quand les partenaires du réseau s’unissent pour réclamer la même chose, il faudrait continuer d’être tributaires d’une vision politique électoraliste sur un horizon de quatre ans? Les voix s’élèvent et réclament un projet de société pour l’avenir du Québec, il me semble qu’on devrait les écouter. Car un tel projet, ça se construit ensemble.

Éric Gingras
Président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)