Éducation

LETTRE | Qu’avons-nous fait de l’égalité des chances?

17 septembre 2026

Le décrochage scolaire n’est pas qu’une question de motivation ou d’effort individuel : il est aussi le résultat de conditions sociales, économiques et scolaires. À l’occasion de la Journée du refus de l’échec scolaire, la vice-présidente de la CSQ, Nadine Bédard-St-Pierre, cosigne avec d’autres organisations une lettre ouverte du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD).

Une autre rentrée se déroule sous le signe de la pénurie : manque d’enseignantes et d’enseignants qualifiés, de personnel de soutien, de fonds dans les budgets scolaires, et même de ressources dans les organismes communautaires… L’école vient à peine de recommencer et une évidence s’impose. Ce ne sont pas seulement les jeunes et les familles les plus vulnérables qui subissent des inégalités dans le réseau scolaire. Toute la société souffre lorsque le système d’éducation échappe les jeunes en difficulté.

À l’approche des élections provinciales, nous lançons un appel à toutes les formations politiques : faisons de l’éducation une véritable priorité nationale. Pas seulement dans les discours ou les promesses. Pas seulement à coups de « mesures pansements ». Il nous faut des engagements durables, structurants et à la hauteur de l’urgence vécue dans le milieu.

Pour un système d’éducation juste et inclusif : agir sur les causes du décrochage

Au Québec, le décrochage scolaire est trop souvent présenté comme une question de motivation ou de comportement individuel. Cette lecture est non seulement réductrice, elle est aussi trompeuse.

Avez-vous déjà rencontré un jeune qui ne souhaite pas réussir sa vie? Nous, non!

Et si on écoute les jeunes qui ont vécu des difficultés à l’école, les organismes communautaires qui les soutiennent et les recherches sur la question, c’est une tout autre histoire.

Le décrochage scolaire ne se réduit pas à un manque de volonté, il est le résultat de conditions sociales, économiques et scolaires. Dans notre province, la pauvreté demeure au cœur du problème et on ne peut lutter contre le décrochage sans en tenir compte. Face à la ségrégation scolaire, les parcours rigides et le manque de ressources, ce sont les jeunes les plus démunis qui en font les frais.

Dans nos milieux communautaires, les jeunes expriment leur détresse psychologique et décrient les ruptures de parcours ainsi que l’absence de solutions adaptées. Derrière chaque jeune qui décroche, il y a souvent une longue succession de signaux ignorés et de portes qui se sont fermées. On ne décroche pas tout seul, on décroche d’un système qui exclut. Mais partout au Québec, des jeunes persévèrent, raccrochent et réussissent à leur manière lorsque l’école, les familles, les communautés et les services publics travaillent ensemble.

Parce que l’éducation, c’est le liant d’une société. On commence tous notre vie à l’école, mais pour certains, ce qui devrait être un tremplin pour se développer devient un parcours parsemé d’embûches. Imaginez si tous les jeunes pouvaient trouver leur voie à l’école, peu importe leurs forces, leurs défis, leur région ou leur origine sociale.

Ça sonne comme une priorité de société, si vous nous le demandez.

Levons les obstacles. Changeons les trajectoires.

Ainsi, le décrochage n’est pas une fatalité. C’est un signal collectif qu’il faut entendre. Puisqu’il est largement déterminé par des conditions sociales, économiques et scolaires, il peut être enrayé grâce à des choix collectifs et à une volonté politique rassembleuse.

En 2026, cessons de demander aux jeunes de s’adapter à un système qui les trie sur le marché. Transformons plutôt ce système pour qu’il reconnaisse leurs réalités, leurs forces et leurs aspirations.

Déjà, trois des principaux partis se sont engagés en campagne électorale à tenir des états généraux sur l’éducation dans un premier mandat. Nous joignons notre voix au mouvement massif de la société civile qui leur demande d’honorer cet engagement et d’y faire une réelle place aux acteurs du terrain en éducation : les jeunes, les parents, les équipes-écoles et les organismes communautaires. Chaque rentrée, depuis des années, nous constatons l’écart qui se creuse entre l’école universelle et émancipatrice dont le Québec a voulu se doter avec la Commission Parent, et le réseau scolaire fracturé que nous tentons de réparer aujourd’hui.

Il faut du courage pour entamer la transformation nécessaire du système d’éducation. Mais toute la société gagne lorsque son gouvernement cultive l’égalité à l’école.

Mélanie Marsolais
Directrice générale du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage

Avec l’appui de 32 organisations signataires, dont la CSQ.