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Droit au but avec Éric Gingras : Réflexion sur la santé, la petite enfance et le milieu communautaire
6 août 2026
N.D.L.R. À quelques jours de la rentrée, l’équipe estivale des communications de la CSQ a rencontré le président Éric Gingras pour faire le point sur les dossiers chauds de la prochaine année. Au cours de cette longue entrevue de plus d’une heure, plusieurs dossiers ont été abordés parmi lesquels la campagne électorale au Québec, les attentes envers le prochain gouvernement, les prochains défis pour la CSQ et ses membres, les négociations dans le secteur public, la situation en éducation, santé, petite enfance et dans le secteur communautaire. Quatre textes seront publiés à la suite de cette entrevue. À lire les 3, 4, 6 et 7 août. Bonne lecture!
Propos recueillis par Alyssa Landry et Léanne Fiset-Gingras
Santé
MaCSQ : Un an et demi après la mise sur pied de Santé Québec, la présidente du conseil d’administration a annoncé récemment son départ en mentionnant que plusieurs actions pour améliorer le réseau public ont déjà été réalisées sous sa gouverne. Partagez-vous son avis?
Éric Gingras (EG) : Je répondrai en citant son propre communiqué de presse. Elle dit avoir assumé son rôle de présidente de Santé Québec comme l’entrepreneure qu’elle a toujours été. Voilà exactement le problème. Elle a dirigé Santé Québec avec une vision affairiste, comme si la santé des Québécoises et des Québécois n’était qu’un simple business. On ne gère pas la santé publique comme on gère une entreprise. Prendre soin des gens, répondre avant tout à leurs besoins et ça doit passer avant les questions de rentabilité et de profit.
MaCSQ : Partages-tu l’avis du président de la Fédération de la santé du Québec qui se montre très critique sur les baisses des listes d’attente en chirurgie que la présidente attribue à la performance de Santé Québec ?
EG : Je suis parfaitement d’accord avec lui. Les listes d’attente diminuent parce que l’on transfère au secteur privé les cas les moins lourds. De plus, la facture est plus élevée pour l’État québécois lorsque ces chirurgies sont effectuées par le privé. Donc si l’on veut le vrai portrait de la réalité, mieux vaut se mettre à l’écoute de nos membres qui travaillent dans les établissements et qui savent réellement ce qui se passe jour après jour.
MaCSQ : Trouves-tu paradoxal que le gouvernement doit faire appel à un organisme privé pour venir à la rescousse du réseau public ?
EG : Oui, et poser la question, c’est y répondre.
MaCSQ : Les manœuvres de privatisation de notre réseau public à travers Santé Québec t’inquiètent- elles ?
EG : Oui, énormément, et c’est partagé par l’ensemble de nos membres. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce sujet est discuté à chaque conseil général et que nous faisons le point sur l’évolution de la situation dans notre réseau public de santé. L’une de nos grandes préoccupations est le recours à la sous-traitance pour pallier le manque de personnel dans le réseau. L’embauche d’infirmières du privé coûte beaucoup plus cher au gouvernement. Il vaudrait mieux réinvestir dans notre réseau public pour y attirer une relève et retenir le personnel déjà en fonction.
Petite enfance
MaCSQ : Quel est ton bilan de la promesse de la CAQ d’augmenter les places dans les services éducatifs à la petite enfance?
EG : Le bilan est très sombre et les résultats sont loin d’être à la hauteur de l’engagement qui avait été pris. Plutôt que de créer de nouvelles places comme on l’avait promis, on a surtout converti des places du privé pour les amener dans le réseau public.Finalement, on n’a pas ajouté de nouvelles places et l’accessibilité aux services éducatifs à la petite enfance ne s’est pas améliorée. Il n’y a pas de gain réel pour les enfants et leurs parents. Nous avons besoin d’un gouvernement qui ajouterades places et qui valoriseranotre réseau public qui a toujours fait la fierté du Québec. Cette revalorisation passe également par une meilleure reconnaissance du travail accompli par les éducatrices et le personnel, tant en CPE qu’en milieu familial.
MaCSQ : As-tu l’impression que la révision des critères de priorisation des places subventionnées est un aveu d’échec de la CAQ?
EG : Oui, c’est un échec criant mais ce n’est pas le seul. Il y en a plusieurs autres. Pensons seulement à ce qui se passe avec la loi nº 9 sur le renforcement de la laïcité exigeant aux éducatrices retirenttout signe religieux. Cela a eu pour effet le départ de plusieurs d’entre elles dans un contexte de rareté du personnel de la petite enfance. C’est ce qui arrive quand l’idéologie guide les décisions d’un gouvernement plutôt que les besoins réels de la population et le gros bon sens.
MaCSQ : La Cour suprême a rendu un jugement reconnaissant le droit d’accès équitable de tous les enfants au réseau des services éducatifs à la petite enfance. Est-ce réaliste?
EG : Oui, c’est très réaliste. Ce quisurprend beaucoup plus , c’est d’entendre Bernard Drainville dire que ça n’a pas de bon sens. C’est un manque total de considérations pour les enfants du Québec et à leurs parents qui ont droit de recevoir des services. Cette déclaration d’un membre du gouvernement inquiète grandement les femmes qui ne peuvent pas aller travailler si leur enfant n’a pas accès à une place subventionnée. Si nous garantissont une place à chaque enfantdans nos services éducatifs à la petite enfance, c’est l’ensemble de la société québécoise qui en ressort gagnante.
MaCSQ : La FIPEQ a dénoncé une déclaration du gouvernement accusant les demandeurs d’asile et les travailleurs étrangers d’être responsable du manque de place dans les services éducatifs à la petite enfance. Le PQ émet des réserves sur l’intégrationdes immigrants au Québec. Est-ce que ce penchant à droite des deux partis politiques t’inquiète?
EG : C’est certain que c’est inquiétant. Cela donne l’impression que, plutôt que de chercher à régler les problèmes, on préfère chercher des coupables. Le gouvernement de la CAQ a fait la même chose en éducation pour expliquer la pénurie de personnel. On a également blâmé les immigrants pour le manque de logements. C’est absurde. Les immigrants ne sont pas responsables de ces problèmes. De plus, le Québec fait face à un sérieux manque de main-d’œuvre et, si nous voulons redresser la situation, nous avons besoin des immigrantes et des immigrants. Ils participent à l’avenir du Québec.
Milieu communautaire
MaCSQ : Depuis quelques années, la CSQ a réussi une certaine percée dans le milieu communautaire. Ces efforts de syndicalisation auprès de ces travailleuses et travailleursse poursuivront-ils?
EG : Effectivement, d’autant plus que ces travailleuses et ces travailleurs ont besoin de soutien. Ils font partie de la première ligne des services directs offerts à la population. Leur apport s’avère très important, d’autant plus qu’ils viennent souvent aider et secourir les personnes parmi les plus vulnérables de notre société. Nous devons donc, à notre tour soutenir ces intervenantes et intervenantsdu secteur communautaire, et revendiquer à leurs côtés pour qu’ils obtiennent des postesplus stables, mieux rémunérés avec de meilleures conditions de travail. Bref, ils méritent une meilleure reconnaissance.