Action féministe, Société
Pour qu’il n’y en ait pas une de plus
4 juin 2026
La violence conjugale est un enjeu de société complexe. Déjà, alors que l’on entame tout juste le sixième mois de l’année, dix femmes ont perdu la vie dans un contexte de violence conjugale. Malgré ce bilan alarmant, les efforts de mobilisation des dernières années visant à mieux reconnaître les différentes facettes de ce phénomène portent leurs fruits.
Par Julie Pinel, conseillère CSQ
Le 15 mai 2026, la Cour suprême a rendu une décision qui précise que la violence conjugale dépasse la seule violence physique et reconnaît l’existence d’une prise de contrôle de l’agresseur sur la victime.
Bien que cette décision repose sur le Common Law et ne soit pas applicable directement au Québec, ce gain important aura certainement des incidences positives sur la perception des dossiers de violence conjugale dans notre système de droit civil.
Presque au même moment, soit le 13 mai 2026, Québec déposait le projet de loi « Gabie Renaud » visant à permettre aux personnes à risque de prendre connaissance du passé violent de leur partenaire. Il s’agit encore une fois d’une avancée importante en matière de prévention de violences conjugales. L’Intersyndicale des femmes, dont la CSQ fait partie, a tenu à déposer un mémoire afin de soutenir l’adoption de ce projet de loi.
Sans nier qu’il s’agisse de deux avancées importantes, elles ne permettront pas à elles seules de protéger et de soutenir les victimes de violence conjugale. C’est ce que l’Intersyndicale des femmes souhaitait rappeler dans son mémoire.
« On ne peut que saluer le dépôt du projet de loi « Gabie Renaud ». C’est essentiel d’agir en prévention lorsqu’il est question de violence conjugale. Cependant, il faut s’assurer que des ressources soient disponibles pour soutenir les personnes à risque. Quand elles seront informées d’un potentiel danger, elles auront besoin d’aide pour la suite. Les maisons d’hébergement peinent actuellement à répondre à la demande, il importe de leur donner le financement nécessaire afin de répondre aux besoins des victimes, et ce, sans délai », précise Nadine Bédard-St-Pierre, vice-présidente de la CSQ.
L’Intersyndicale des femmes a tenu également à rappeler l’importance de soutenir les victimes en ce qui a trait à l’emploi, notamment par l’ajout de dix jours d’absence rémunérés dans la Loi sur les normes du travail.
« Quitter un milieu violent demande du temps. Du temps pour organiser le déménagement, faire des démarches auprès des services policiers, des services d’aide juridique, pour aller chercher un soutien psychologique ou encore prendre contact avec une maison d’hébergement. Permettre aux victimes d’avoir accès à une banque de journées d’absence rémunérées est une mesure de soutien importante qui peut faire la différence », indique Nadine Bédard-St-Pierre.
En somme, la mobilisation des dernières années a permis la mise en place de mesures essentielles pour les victimes de violence conjugale. Seulement, pour qu’il n’y en ait pas une de plus, d’autres moyens seront nécessaires.