Cultures et réalités autochtones
Des points sur une carte, des vies à honorer
4 mai 2026
Elles sont 39 au Nunavik, 13 à Montréal, 11 en Outaouais, 10 dans le Nord-du-Québec, et autant sur la Côte-Nord et en Montérégie. Sur des cartes virtuelles issues d’un projet de Femmes Autochtones du Québec (FAQ) mené en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO), chacune de ces femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées est représentée, exposant l’ampleur de ces violences au Québec.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Un outil de mémoire
Derrière chaque point inscrit sur ces cartes, il y a une vie brisée, une famille livrée à l’attente et au silence, une communauté profondément meurtrie ou marquée à jamais. Alors que la Journée de la robe rouge incite à se souvenir des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées, cette cartographie est un outil de mémoire, mais aussi un appel urgent à agir.

La carte virtuelle a été dévoilée en janvier dernier. Elle recense des dizaines de cas restés longtemps dans l’ombre. Fruit de recherches menées depuis 2019 par la professeure Audrey Rousseau de l’UQO, cette initiative brosse un portrait préoccupant : 124 cas de femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées ont été documentés entre 1950 et 2026. Parmi eux, 96 sont des homicides, dont la moitié ont été commis après 2000. Au total, 14 personnes sont toujours portées disparues et 14 autres ont été retrouvées sans vie.
En élargissant la définition aux décès suspects ou survenus dans des circonstances aggravantes, le nombre grimpe à près de 220 vies brisées. « Cette cartographie permet de documenter une réalité encore peu visible au Québec, a dit Audrey Rousseau, lors du dévoilement de la carte. Cela démontre l’urgence d’agir. »
Selon la cartographie, les régions les plus touchées sont le Nunavik, Montréal et l’Outaouais. Les trois quarts des disparitions recensées ont eu lieu hors des communautés autochtones, rappelant que cette violence traverse l’ensemble de la société.
Un appel à la responsabilité collective
Selon FAQ, cette carte va bien au-delà des chiffres. Dans une entrevue accordée au journal Le Devoir, la présidente de l’organisme, Marjolaine Étienne, affirme que « le droit à la sécurité est fondamental. La cartographie que nous dévoilons aujourd’hui permet de sonner l’alarme, même si, depuis trop longtemps, nous crions l’urgence d’agir. Les données sont claires. Elles révèlent une réalité grave et impossible à ignorer ». En mettant en lumière le parcours de ces femmes, filles et personnes bispirituelles disparues ou assassinées, la carte se veut à la fois un outil de mémoire et un levier d’action, pour que ces vies comptent, enfin.
En savoir plus
Visitez le site Web pour découvrir les origines du projet, consulter les cartes virtuelles et plonger au cœur des histoires de toutes ces personnes et de leur famille.
La Journée de la robe rouge, qu’est-ce que c’est?
La Journée de la robe rouge est soulignée chaque année, le 5 mai, au Canada. Elle vise à sensibiliser à la réalité des femmes, des filles et des personnes 2SLGBTQIA+ autochtones disparues ou assassinées. Inspirée par une œuvre de l’artiste métisse Jaime Black, elle met en lumière une crise profondément liée à l’histoire de la colonisation et aux violences systémiques vécues par les communautés autochtones. Cette journée est un moment pour rendre hommage aux victimes, soutenir les familles et rappeler l’importance d’agir pour la justice, la sécurité et le mieux-être. Elle invite la population à s’informer, à porter du rouge et à participer aux initiatives de commémoration.