Diversité
Affirmer son identité de genre au travail : le témoignage de Charlie
29 avril 2026
Non-binaire, Charlie* a décidé d’affirmer son identité de genre au travail, dans le réseau de l’éducation. Dans un touchant témoignage livré lors du premier réseau pour la diversité sexuelle et l’identité de genre de la CSQ, tenu en avril dernier, Charlie a raconté comment son syndicat l’a aidé à ne pas porter entièrement tout le poids d’éduquer ses collègues.
Par Félix Cauchy-Charest, conseiller CSQ
Un coming out à renouveler sans cesse
« Un coming out, c’est jour après jour », a dit Charlie en racontant son histoire. À la signature d’un premier contrat de travail dans un établissement d’enseignement privé au secondaire, iel avait déjà amorcé une transition sociale quant à son identité de genre. Les changements n’étaient cependant pas encore apparents physiquement. Au fil du temps et de sa transition, des propos transphobes ont ponctué son parcours.
Avec courage, Charlie a décidé de prendre la parole lors d’une réunion d’équipe, malgré son statut précaire : « Je suis non-binaire, je pense qu’on devrait faire attention à ce qu’on dit. » Le signal était lancé, mais le malaise était réel. Affirmer son identité allait avoir un coût.
Et ce coût, Charlie le décrit sans détour : « C’est sûr qu’on s’expose à des réactions et à des questions indiscrètes une fois qu’on s’affirme. C’est un fardeau constant d’expliquer ce qu’est la non-binarité, de justifier que ça existe, que c’est valide, que “ce n’est pas un choix” ».
Se tourner vers le syndicat
Face aux réactions difficiles, Charlie a cherché un appui : « Je me suis tourné·e vers le syndicat à ce moment-là pour voir si on pouvait donner un cadre à ça. » La vice-présidente de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ), Manon Labrecque, qui était alors présidente du syndicat de Charlie, a répondu présente. Une approche a été coconstruite : utiliser la politique contre la discrimination déjà en place dans l’établissement, activer les protections de la convention collective, et surtout, s’assurer que le fardeau de l’éducation ne repose plus uniquement sur les épaules de Charlie.
Ça n’a pas été simple, admet Manon Labrecque sans détour, affirmant qu’elle avait sous-estimé le travail que ça prendrait : « Je pensais que ça allait être facile, puisque c’est écrit dans notre convention et dans la politique. Je ne m’attendais pas à devoir faire autant d’éducation. » Les valeurs étaient partagées, mais la mise en action, elle, a demandé du temps, de l’écoute et beaucoup de persuasion.

L’identité de genre, ce n’est pas un débat
Un des fils conducteurs de cet accompagnement : refuser de laisser l’identité de genre devenir un sujet de controverse. « Ce n’est pas un objet de débat, l’identité de genre ou la diversité sexuelle, c’est un fait, c’est tout », dit Manon Labrecque. L’objectif n’était pas de convaincre des collègues quant à la légitimité identitaire de Charlie, mais de trouver comment mettre en action des valeurs déjà partagées, en théorie.
Les progrès sont aujourd’hui mesurables. Des gens qui ne se corrigeaient pas quand ils se trompaient de pronoms le font désormais. La normalisation avance. Lentement, mais sûrement. « Le moteur roule, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir », affirme Charlie.
Des conseils tirés de l’expérience
Pour quiconque s’apprête à affirmer son identité de genre en milieu de travail, Charlie a un conseil : « Prépare-toi à ce que ce ne soit pas toujours bien reçu. Et entoure-toi de personnes de confiance parce que c’est extrêmement confrontant », en insistant surtout sur ce qu’il faut faire pour éviter de porter le fardeau d’éduquer des collègues de travail.
Pour Manon Labrecque, l’accompagnement syndical ne s’arrête pas au premier cadre mis en place. Il faut valider, revalider et encore revalider! Est-ce que ça convient toujours? Est-ce que le besoin a évolué? « C’est fondamental dans l’accompagnement qu’on va apporter à la personne », dit-elle.
Un réseau né d’une expérience concrète
C’est de ce parcours, semé d’obstacles réels, de solidarité syndicale et de victoires mesurées qu’ont parlé Manon Labrecque et Charlie lors du premier réseau pour la diversité sexuelle et l’identité de genre de la CSQ. Ce réseau a constitué un espace collectif pour que les membres issus des communautés LGBTQ+ n’aient plus à naviguer sans soutien, un lieu pour partager des outils, des pratiques et des expériences de terrain.
Parce que l’action syndicale, c’est aussi ça : partir de nos histoires pour transformer nos milieux de travail, et en inspirer des dizaines d’autres.
*Prénom fictif utilisé afin de préserver la confidentialité de la personne.