Balado Prendre les devants
Violence en hausse : un malaise social qui inquiète
16 avril 2026
La violence et l’incivilité gagnent du terrain au Québec, particulièrement chez les jeunes, sans parler d’une explosion de la criminalité. Plusieurs actrices et acteurs observent une transformation inquiétante des comportements et des rapports sociaux. Entre réseaux sociaux, perte de repères et fragilisation du rôle parental, les constats convergent : il faut agir, collectivement.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Dans le cadre de l’épisode 4 de la saison 4 du balado Prendre les devants, le président de la CSQ, Éric Gingras, discute de la montée de la violence chez les jeunes avec ses deux invités : Dominic Roberge, président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ), et Me Tiago Murias, criminaliste en droit des jeunes contrevenants.
Au cours de la discussion, les deux invités disent constater une évolution marquée de la violence. « On en parle davantage, donc on est plus conscient…, mais on observe aussi une intensification des situations », résume Dominic Roberge. Les interventions policières liées à la santé mentale, au crime organisé ou aux tensions sociales se multiplient.

En ce qui concerne les jeunes, Me Tiago Murias se montre particulièrement préoccupé. S’il rappelle que le taux de criminalité juvénile demeure inférieur à celui des années 1990, il insiste sur un changement de nature : « Ce qui m’inquiète, c’est la gravité des gestes. Les crimes violents, autrefois exceptionnels, deviennent courants et presque banals. »
Un rapport à l’autorité fragilisé
Au-delà des chiffres, c’est le rapport à l’autre qui semble s’être transformé. Les deux intervenants évoquent une perte de repères sociaux, notamment dans la gestion des conflits et des émotions. « On est en train de perdre cette capacité à être en désaccord sans basculer dans l’agressivité », observe Me Murias.

Ce glissement s’incarne aussi dans le rapport à l’autorité, particulièrement en milieu scolaire. Selon les témoignages des spécialistes relayés dans le balado, le soutien des parents aux interventions des écoles, des policières et policiers ou du système judiciaire s’effrite. « Quand on délégitimise l’autorité, on crée le problème », affirme le criminaliste.
Dominic Roberge souligne, pour sa part, l’importance du rôle familial : un lien solide avec les parents augmente significativement les chances de réhabilitation chez les jeunes. À l’inverse, son absence ou sa fragilité complique les interventions.
Réseaux sociaux et climat social sous tension
Les réseaux sociaux sont en partie pointés du doigt comme un facteur aggravant. Selon un sondage réalisé par la firme Léger à la demande de la CSQ, 82 % de la population est d’avis que l’environnement numérique influence le rapport à la violence. « Ce qu’on tolère en ligne finit par se transposer dans la vraie vie », dit Éric Gingras.

Défis dangereux, diffusion de contenus violents, discours haineux : les plateformes numériques amplifient les comportements et contribuent à banaliser l’inacceptable. Me Murias va plus loin, évoquant une « normalisation » de la violence et une radicalisation de certains discours, notamment chez les jeunes.
Prévenir plutôt que guérir
Malgré ce portrait préoccupant, les spécialistes invités au balado appellent à éviter l’alarmisme. Malgré une montée de l’incivilité et une détérioration du climat social, le Québec demeure une société sécuritaire.
Cependant, pour faire face à cet enjeu qu’est la violence, un effort collectif est nécessaire. Prévention, éducation aux émotions, dialogue entre les milieux, ressources accrues : les pistes sont nombreuses, mais nécessitent une mobilisation large.
« La violence ne se règlera pas à coups de politiques seulement, rappelle Éric Gingras. Ça prend tout le monde. »
En savoir plus
Regardez ou écoutez l’intégralité de l’épisode 4 de la saison 4 du balado Prendre les devants.