Éducation, Société

Créer des espaces pour penser et transformer

13 avril 2026

Face à l’imbrication des crises sociales, environnementales et politiques, comment redonner du pouvoir d’agir aux citoyennes et citoyens? En Outaouais, une initiative originale mise sur le dialogue, la coconstruction et l’engagement collectif pour répondre à cette question : l’École d’été citoyenne, pilotée par des professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef 

Un projet né d’un besoin d’agir autrement

À l’initiative de la professeure en travail social Nathalie St-Amour, l’École d’été citoyenne repose d’abord sur une conviction : les savoirs universitaires, à eux seuls, ne suffisent pas pour transformer la société. « Il faut croiser les savoirs, inclure les expériences de vie et donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas assez », a-t-elle expliqué lors d’une présentation au Réseau ACTES, où une centaine de membres de la CSQ étaient présents.

À l’origine de cette initiative se trouve aussi un constat partagé : celui d’un monde traversé par des crises multiples (crises environnementales, montée des discours haineux, tensions politiques, inégalités sociales) qui s’entrecroisent et se renforcent.

Dans ce contexte, il est essentiel de créer des espaces pour réfléchir collectivement, sans céder au découragement. « Il faut recréer des liens, sortir de l’impuissance et se remettre en action », a dit Charles-Antoine Bachand, professeur en sciences de l’éducation à l’UQO et également coordonnateur de l’École d’été citoyenne.

Nathalie St-Amour et Charles-Antoine Bachand lors du réseau ACTES de la CSQ.

Un espace de dialogue et de coconstruction

Concrètement, l’École d’été citoyenne se distingue par son approche participative. Ici, pas de hiérarchie entre les spécialistes et les personnes participantes : tout le monde est invité à contribuer. Les organisatrices et organisateurs misent notamment sur la présence « d’expertes et d’experts du vécu », qui viennent partager leurs réalités, par exemple des personnes en situation d’itinérance, comme cela a été le cas en 2025.

Ces échanges provoquent parfois de véritables prises de conscience. Une participante, initialement critique des investissements publics en itinérance, a changé de perspective après avoir entendu des témoignages, a raconté Nathalie St-Amour.

L’École d’été citoyenne favorise une diversité de voix, provenant des milieux communautaire, universitaire, municipal ou encore autochtone. Cette pluralité est vue comme une condition essentielle à la transformation sociale.

L’art et l’action au cœur de l’expérience

L’école d’été citoyenne ne se limite pas à des discussions. Elle mise aussi sur l’action et la créativité. Ateliers artistiques, théâtre d’intervention, productions collectives (zines, œuvres visuelles) permettent aux participantes et participants de s’exprimer autrement et de s’approprier les enjeux. Ces démarches débouchent parfois sur des retombées concrètes.

Une mobilisation qui prend de l’ampleur

Au fil des éditions, l’École d’été citoyenne a su mobiliser un nombre croissant de partenaires et de personnes participantes. Pour 2026, les organisateurs souhaitent aller encore plus loin en confiant à la communauté un rôle central dans la programmation. L’objectif consiste à passer d’une consultation à une véritable coorganisation : « Les gens ont envie de s’impliquer, de prendre en charge les enjeux qui les touchent. On veut leur donner cet espace », a dit Nathalie St-Amour.

Un exemple inspirant pour les milieux

À la suite de cette présentation, les participantes et participants du réseau ACTES de la CSQ ont été invités à passer de la parole aux actes! À partir des principes de l’École d’été citoyenne, ils ont travaillé en atelier pour imaginer comment s’en inspirer dans leurs propres milieux.

Les participantes et participants du réseau ACTES de la CSQ ont été invités à passer de la parole aux actes.

Les différentes équipes, divisées par région, ont identifié ensemble des pistes concrètes pour favoriser la participation, croiser les savoirs et créer des espaces de dialogue porteurs de transformation sociale, que ce soit en milieu scolaire ou communautaire.

Cette démarche a permis de faire émerger des idées ancrées dans la réalité du terrain et dans la construction d’une société plus juste et inclusive.