Éducation
État des écoles au Québec : « On étire l’élastique! »
8 avril 2026
Moisissures, fenêtres brisées et placardées, plafonds désagrégés, chaleur accablante, eau non potable… Le Québec compte environ 3 300 écoles primaires et secondaires, dont plus de la moitié sont jugées en mauvais ou en très mauvais état, apprend-on dans le récent documentaire de Ricardo Larrivée, Écoles sous pression, et dans lequel le président de la CSQ, Éric Gingras, intervient.
Par Audrey Parenteau, rédactrice en chef
Disponible gratuitement sur la plateforme ICI Tou.TV, le documentaire met en lumière la vétusté des écoles du Québec. « Je trouve que c’est un peu hypocrite de dire que nos enfants sont notre priorité, quand on n’est pas capable de leur donner un lieu physique digne d’une école », réagit un enseignant.
Plusieurs intervenantes et intervenants interrogés dans le documentaire rappellent que les écoles, dont une grande partie d’entre elles ont été bâties il y a 70 ou 80 ans, ne répondent plus au besoin d’aujourd’hui. Le président de la CSQ les qualifie même d’« anachroniques » : « Nos écoles proviennent des années 1950, 60, 70, où il n’y avait pas de place pour le service de garde, il n’y avait pas de professionnel qui avait besoin de bureau pour faire du un à un. Alors maintenant, on s’adapte, on étire l’élastique dans bien des cas. Mais là, l’élastique a atteint le maximum de ce qu’il était capable de faire. »

Pour rénover les bâtiments scolaires d’aujourd’hui, les spécialistes demandent de la prévisibilité et de la flexibilité budgétaires. La ministre de l’Éducation actuelle, Sonia LeBel, et l’ancienne ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, expliquent les difficultés de planification.
« La grande difficulté du réseau, c’est qu’il fonctionne en année scolaire. Et le gouvernement […] fonctionne en année budgétaire. Déjà là, on voit une difficulté d’arrimage avec la manière dont on fonctionne », explique Sonia LeBel. « Malheureusement, on est obligé d’adopter les budgets annuellement, ajoute Michelle Courchesne. On ne peut pas, comme gouvernement, engager des dépenses futures. C’est impossible dans nos règles, car on ne sait pas, année après année, quels seront les revenus du gouvernement. On ne peut pas engager des sommes d’argent avec de l’argent qu’on n’a pas. »
Le retard accumulé dans l’entretien des bâtiments scolaires est considérable : les sommes équivalant à 2 % de la valeur de chaque école, qui auraient dû être consacrées à leur entretien, n’ont pas été investies. Le déficit d’entretien atteindrait ainsi près de 25 milliards de dollars.