Enseignement supérieur, Syndicalisme
Deux ans de résistance : comment le SRFPUL-CSQ a gagné en restant soudé
25 février 2026
Après plus de deux ans d’une négociation éprouvante avec l’Université Laval, le Syndicat des responsables de la formation pratique de l’Université Laval (SRFPUL-CSQ) a arraché une entente de principe. Mais au-delà des clauses obtenues, c’est le renforcement du syndicat lui-même qui est la véritable victoire.
Par Félix Cauchy-Charest, conseiller CSQ
Une direction qui a oublié sa mission
Dès le départ, le ton est donné. L’employeur ne joue pas le jeu. Pendant que le SRFPUL-CSQ défend des conditions de travail à la hauteur de la mission éducative de l’institution, la haute administration jongle avec ses budgets en priorisant les chantiers immobiliers. Les ressources dédiées à l’enseignement fondent. Les ratios explosent : là où un encadrement pédagogique de qualité exigeait des groupes de 12 étudiants pour 2 superviseurs en laboratoire, on passe à un seul membre du personnel pour 40 étudiants. Les meilleures pratiques pédagogiques, elles, n’ont pourtant pas changé.
La stratégie de l’employeur est claire : précariser. Contrats plus courts, cliniciens embauchés à la pièce sans vision d’ensemble, sans maîtrise de l’approche programme. Un modèle de gestion à courte vue où les budgets annualisés écrasent toute réflexion stratégique. « La machine administrative se nourrit elle-même, et c’est la mission d’enseignement qui écope », résume Isabelle Vincent, présidente du syndicat.
Le paradoxe atteint son comble lorsque l’Université Laval se vante d’être le « meilleur employeur au Canada ». Parmi les différents syndicats de l’Université, la réaction est unanime : sarcasme et incrédulité. « On ne le vit pas comme ça du tout », résume la présidente du SRFPUL-CSQ. « On se demande bien qui ils ont interrogé pour en arriver à cette conclusion! », poursuit-elle.
La rupture d’octobre
Jusqu’à l’automne, le syndicat garde espoir. Mais en octobre, l’employeur balaie d’un revers de main l’ensemble des demandes syndicales. Le ton change. La direction syndicale doit transformer la frustration en force.
La clé : ne pas laisser les membres dans le noir. Une grande assemblée réunit 93,5 % des membres : un taux de participation exceptionnel. Tous sont sur la même page. Les reculs proposés par l’employeur menaçaient directement les recrues et l’attractivité même des postes en formation pratique. La solidarité intergénérationnelle devient le ciment de la mobilisation.
Se fédérer autour d’une vision
Ce qui distingue cette mobilisation, c’est sa profondeur. Le syndicat ne s’est pas contenté de réagir : il a coconstruit un plan-cadre avec une mission et une vision claires, décidant de faire du SRFPUL-CSQ la référence en formation pratique à l’Université Laval. « C’est ce qui a donné un souffle à la mobilisation. Ça a été fédérateur », explique Isabelle Vincent.
Des comités sont créés pour permettre aux membres de s’approprier les enjeux. Ces agents multiplicateurs diffusent le message, expliquent les impacts concrets, ancrent la lutte dans le quotidien professionnel de chacun. La pression monte. Les membres du SRFPUL-CSQ se dotent d’un mandat de grève. Certains stages pourraient être reportés. Les étudiants et d’autres acteurs ajoutent de la pression. L’employeur finira par entendre raison.
Une victoire collective à consolider
L’entente de principe obtenue représente des avancées réelles et la préservation d’acquis importants. Mais la dirigeante syndicale est lucide : « Le travail n’est pas terminé. » Les défis demeurent nombreux, que ce soit avec l’intelligence artificielle générative qui remodèle les pratiques pédagogiques, un financement universitaire sous pression constante ou une logique gestionnaire qui ne disparaît pas avec une convention collective.
La véritable fierté, c’est d’avoir bâti quelque chose de durable. Des membres prennent la parole dans les assemblées départementales. Ils font valoir leurs points. Ils ont intégré le discours. « Il y a quelque chose qui se passe », rapporte Isabelle Vincent; et dans sa voix, on entend autant de satisfaction que de détermination.
La mobilisation ne s’arrêtera pas à la signature. Elle ne fait que commencer!