Société

Le milieu communautaire sous pression

9 février 2026

Le projet de loi no 7 (PL7), visant à réduire la bureaucratie, à accroître l’efficacité de l’État et à renforcer l’imputabilité des hauts fonctionnaires, soulève de vives inquiétudes dans le milieu communautaire québécois. La fusion annoncée des fonds dédiés menace l’autonomie d’organismes déjà sous-financés. Dans ce contexte, les groupes se mobilisent pour défendre leurs droits et leur mission.

Par Geneviève-Gaël Vanasse, conseillère CSQ 

Un projet de loi qui fragilise l’autonomie

Le chapitre 4 du PL7, consacré à la fusion du Fonds d’aide à l’action communautaire autonome (FAACA) et du Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS), transforme en profondeur le cadre de financement du milieu communautaire. Alors que le FAACA assurait depuis plus de 25 ans un financement à la mission, distinct des priorités gouvernementales, son intégration à un fonds élargi ouvre la porte à une centralisation accrue, à l’ingérence ministérielle et à l’arrivée de financements privés, comme les dons philanthropiques.

Cette fusion survient dans un contexte déjà marqué par l’érosion des contre-pouvoirs sociaux. Les organismes de défense collective des droits et de l’action communautaire autonome, essentiels au maintien d’une démocratie vivante, craignent que cette restructuration ne réduise leur capacité d’agir librement, de critiquer les politiques publiques et de représenter des populations vulnérables. Leur rôle n’a pourtant rien d’accessoire : ils constituent une partie fondamentale du filet social québécois, souvent les premiers à soutenir des communautés marginalisées.

Face à ces changements structurants, la CSQ a déposé un mémoire intitulé Plus grande efficacité ou affaiblissement volontaire de l’État social québécois et l’a défendu en commission parlementaire le 2 décembre dernier, insistant sur les risques que cette fusion fait peser sur l’autonomie du mouvement communautaire et sur la capacité des organismes à exercer leur rôle de contre-pouvoir.

Un mouvement communautaire mobilisé et à bout de souffle

Sur le terrain, les groupes font face à un sous-financement chronique, aggravé par l’absence d’indexation depuis plusieurs années et par des hausses trop faibles pour répondre à l’inflation. Plusieurs organismes attendent toujours un premier financement, tandis que d’autres craignent d’être écartés par de nouveaux critères de sélection privilégiant des projets « quantifiables » au détriment de leur mission.

Dans un contexte où l’État investit de plus en plus dans des projets ponctuels plutôt que dans le financement de base, les organismes se voient forcés d’ajuster leurs actions aux priorités gouvernementales ‒ une dynamique incompatible avec l’action communautaire autonome.

Face à cette situation, les groupes communautaires et leurs alliés se sont mobilisés dans le cadre de la Semaine nationale de la défense collective des droits, qui a eu lieu du 2 au 6 février derniers sous le thème « Les droits, ça se défend collectivement! » Leurs revendications sont claires : un rehaussement annuel de 155 millions de dollars, l’instauration d’un mécanisme permanent d’indexation, la mise en place d’un processus transparent pour le financement des nouveaux groupes et le retrait complet du chapitre 4 du PL7.